Saïd Bouteflika arrêté et déféré devant un tribunal militaire : la rue algérienne a obtenu une vraie victoire. Encore faut-il transformer l'essai alors que le ramadan vient de commencer.

Samedi 3 mai, Saïd Bouteflika, le frère du président algérien déchu a été arrêté et déféré devant un tribunal militaire à Blida. Lui et deux généraux bien connus des algériens : le général Bashir Tartag, un proche de l'ancien président et surtout Mohamed Mediène, dit Toufik, ancien patron tout puissant des services de renseignements.

En clair, des gros poissons ! Les Algériens détestent Saïd Bouteflika qui, depuis la « maladie » de son frère de président, exerçait la réalité du pouvoir avec son clan. Et ils détestaient tout autant le général Toufik, pourtant tombé en disgrâce dès 2015.

Reste que personne ne croyait à cette mise à la retraite d'office en Algérie. Et les derniers temps ont donné raison aux incrédules : le nom de Toufik est réapparu dans des négociations d'arrière-boutique pour tenter de sauver le régime et les frères Bouteflika.

L'arrestation de Saïd Bouteflika : une victoire de la rue

C'est la 1ère chose à dire : cela fait 11 vendredi de suite que les algériens descendent dans les rues du pays. Vendredi dernier, ils étaient encore des centaines de milliers à se mobiliser. La presse indépendante parle même de millions de personnes.

Or, depuis le début, les Algériens réclament la tête de Saïd Bouteflika. De haute lutte, ils l'ont donc obtenue. Mais surtout, Saïd Bouteflika et les 2 généraux n'ont pas été traduits devant un tribunal ordinaire mais devant un tribunal militaire.

Le message envoyé à la population est donc très clair : les militaires – et à leur tête le général Gaïd-Salah – sont du côté du peuple et nettoient les écuries, pas d'Augias, mais de Bouteflika. Avec un second message : il est peut-être temps de rentrer à la maison.

Le Ramadan va-t-il servir les calculs des militaires

C'est là où je voulais en venir. L'armée algérienne n'a qu'un seul objectif : se maintenir coute que coûte au pouvoir. Le système, c'est elle. Elle contrôle une bonne partie de l'économie du pays et elle est, depuis Boumédiène, au c?ur des institutions algériennes.

Sa stratégie face à la mobilisation populaire tient en deux points : tenir sans réprimer jusqu'au Ramadan et surtout, sacrifier tout ce qui peut l'être d'ici-là. D'abord le président Bouteflika, puis les oligarques qu'il a enrichi, puis, cerise sur le gâteau, Saïd.

Et pile deux jours avant le début du Ramadan ! Enfin quand je dis sans réprimer, pas tout à fait : l'armée et les forces de sécurité ont tout de même lancé quelques avertissements : début avril, la police a réprimé assez durement des manifestants.

Tenir jusqu'au Ramadan... et après !

Le Ramadan est quasiment un mois de vacances, où l'activité est extrêmement réduite et où l'on passe du temps en famille, à beaucoup manger après le coucher du soleil. Le calcul c'est : pendant le ramadan, les Algériens vont rentrer chez eux.

Et avec un peu de chances, l'été et ses chaleurs étouffantes venant juste après, ils y resteront. Mais c'est un calcul très hasardeux. Après tout, qu'ont montré les généraux jusqu'à présent : qu'ils cédaient devant les manifs. Et ça, les Algériens ne sont pas prêts de l'oublier.

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