Il y a Madrid, Barcelone mais aussi Soria : une province dépeuplée à l'habitant dispersé et où la pandémie a frappé plus qu'ailleurs. Pourtant l'isolement semblait devoir la protéger. Explications :

L'Espagne des champs souffre. Une vue aérienne de la province de Soria en Espagne
L'Espagne des champs souffre. Une vue aérienne de la province de Soria en Espagne © Getty / Prisma by Dukas / Contributeur

Direction l'Espagne, un des pays les plus durement touchés par la pandémie avec un nombre de décès à peu près équivalent à celui de la France, 25 600 morts, mais 17 millions d'habitants en moins, l'Espagne est effectivement dévastée par le virus. Or, les reportages ont largement couverts les grandes villes : Madrid, Barcelone, Málaga...

Partout on a vu les Ramblas désertées, la Puerta del Sol madrilène vidée ou les plages andalouses sans touristes, ni promeneurs mais peu de journalistes se sont aventurés à l'intérieur du pays, dans ces « pueblos » d'Espagne, ces villages souvent dépeuplés.

Pourtant, si la pandémie a quelque chose de bien particulier à l'Espagne, c'est qu'elle a touché le pays presque uniformément : en France, c'est plutôt la moitié Est qui a été frappée, en Italie, le Nord mais en Espagne, toutes des régions ont été affectées...

L'exode rural et l'émigration ont dépeuplé les campagnes espagnoles

Plutôt les villes que ces fameux « pueblos » de l'arrière pays castillan ou andalou, mais lorsque ces villages ont été frappés, ils l'ont été durement. Par exemple, la région de Soria, en Castille-La Mancha, à 200kms au nord de Madrid.

Une région peu peuplée : l'ensemble de sa population tiendrait dans le seul stade du Real Madrid, le Bernabeu. Et pourtant, dans la province de Soria, il y a, en proportion, trois fois plus de personnes infectées par le Covid-19 que dans toute l'Espagne.

Même le taux de mortalité est plus élevé, deux fois plus élevé. Il y a des villages, comme Duruelo de la Sierra, un millier d'habitants, où l'on a compté en un seul mois 13 décès, alors que la moyenne annuelle est d'une vingtaine de décès. Une saignée.

Un désastre qui vient de loin

L'explication vient de loin ! La province de Soria comptait dans les années 50 deux fois plus d'habitants. L'émigration, l'exode rural l'ont quasiment dépeuplée.

De plus, cette province est une des plus âgées du pays : un quart de la population a plus de 65 ans, c'est 5 points de plus que la moyenne nationale qui est déjà une des plus élevées d'Europe.

Ajoutez à cela un système de santé appauvri par la crise de 2008, avec seulement deux hôpitaux et une seule ambulance médicalisée, dans une province très vaste à l'habitat dispersé et aux routes de mauvaise qualité et vous obtenez la recette de la catastrophe.   

Alors, bien sûr, le destin de la province de Soria, ou de certaines villes et villages perdus d'Aragon, d'Estrédamure ou de Murcie est tragique.

Mais il y a aussi des histoires étonnantes : dans la région d'Alméria, par exemple, au sud-est de la Péninsule, la moitié des villages a été épargnée par l'épidémie. L'isolement et l'entre-soi villageois peuvent tuer, comme à Soria, mais aussi sauver des vies.

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