C'est la seconde fois en quelques mois que le maire de la capitale Ankara renomme une rue en face ou à côté d'une ambassade. En décembre dernier, c'est la rue qui mène à l'Ambassade des Emirats Arabes Unis qui a été renommée rue Fahreddin Pasha.

Pourquoi ce geste ? Parce que quelques jours plus tôt le ministre des Affaires étrangères émirati accusait le fameux Fahreddin Pasha d'avoir mis en coupe réglée la région de Médine qu'il administrait en 1916 pour le compte de l'empire Ottoman.

On ne plaisante pas avec l'histoire en Turquie, surtout l'histoire de la 1ère guerre mondiale et encore moins avec l'empire ottoman, surtout depuis que que le président Erdogan a décidé d'en réhabiliter la mémoire.

Et dernièrement, c'est l'ambassade des États-Unis qui a été visée...

Pas plus tard que le 12 février dernier : toujours à Ankara, toujours à l'initiative du maire, la rue passant devant l'ambassade s'appelle désormais, rue du rameau d'olivier. Ça a l'air sympathique comme ça, mais en fait c'est une vraie provocation.

« Rameau d'olivier », c'est le nom de l'opération que conduit en ce moment la Turquie en Syrie contre les Kurdes syriens, qui sont considérés comme des terroristes en Turquie. Or, ces Kurdes de Syrie sont soutenus et armés par les Etats-Unis.

Ça serait presque puéril comme histoire si d'autres pays de la région ne s'y étaient mis eux-aussi. A commencer par l’Égypte qui a décidé le 6 février dernier de débaptiser la rue Selim Premier, du nom du sultan ottoman qui a conquis l’Égypte en 1517.

C'est une véritable épidémie, d'autant que l’Égypte ne compte pas s'arrêter en si bon chemin : elle compte débaptiser comme cela des centaines d'avenues, places, rues et passages qui portent encore le nom des « colonisateurs » ottomans. Dixit les Égyptiens.

L'idée est de punir la Turquie qui avait soutenu le président égyptien Mohamed Morsi avant qu'il ne soit reversé par l'armée en 2013. Mais je vous rassure : d'autres pays, bien occidentaux ceux-là, se livrent au même genre d'exercice en ce moment.

A commencer par les États-Unis : le 10 janvier, la ville de Washington décidait de renommer l'emplacement devant l'ambassade de Russie, Boris Nemtsov Plaza. Boris Nemtsov était un opposant politique à Vladimir Poutine abattu en février 2015 à Moscou.

Évidemment la Russie a répliqué, mais pour le moment, il ne s'agit que d'une suggestion, pas encore une décision : renommer un passage qui longe l'ambassade des États-Unis à Moscou, impasse d'Amérique du Nord. C'est plus subtil, mais tout aussi blessant, non ?

En fait, et c'est cela qui est désespérant avec cette épidémie de noms de rue débaptisées et rebaptisées, c'est que ça nous ramène 30 ans en arrière, en pleine guerre froide. A l'époque, les Etats-Unis et la Russie jouaient déjà à ce petit jeu.

L'Iran aussi, qui avait débaptisé l'avenue Winston Churchill pour la rebaptiser avenue Bobby Sands, du nom de ce militant républicain irlandais mort en 1981 des suites du célèbre grève de la faim. Mais ce petit jeu ridicule avait cessé. Jusqu'à aujourd'hui donc

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.