Anthony Ekundayo Lennon est blanc : ses deux parents sont irlandais. Pourtant, il a choisi d'être noir et de réussir comme directeur artistique noir d'un théâtre londonien dédié à la culture noire. C'est une subvention qui a dérangé ce subtil équilibre.

Peut-on raisonnablement être blanc et directeur d'un théâtre dédié à la culture noire , et toucher une subvention dédiée à des artistes de couleur ?
Peut-on raisonnablement être blanc et directeur d'un théâtre dédié à la culture noire , et toucher une subvention dédiée à des artistes de couleur ? © Getty / Pedro Henriques / EyeEm

Il est Blanc mais se vit comme un Noir et son cas fait polémique en Grande-Bretagne. « Il », c'est Anthony Ekundayo Lennon. « Il » est directeur artistique. Et « Il » travaille dans l'East-End bohème londonien pour un théâtre dédié à la culture noire, le Talawa. Un théâtre assez célèbre où Anthony Ekundayo Lennon est un homme influent.

Le problème, c'est qu'il n'est pas noir. Ses parents sont même d'origine irlandaise. Ce qui est déjà étonnant puisqu'il travaille pour un théâtre qui s'est donné pour mission de faire travailler des acteurs, des techniciens ou des écrivains noirs.

Or on a appris il y a quelques jours qu'Anthony Ekundayo Lennon venait de décrocher pour lui-même une subvention publique de 400 000 £. Une résidence de deux ans dans ce même théâtre qui, par ailleurs, a présenté son dossier.

A priori, pas de problème. Sauf que la subvention en question est destinée à des praticiens du théâtre vivant de couleur. Le fait qu'elle lui ait été attribuée procède donc d'un mensonge : le théâtre a prétendu dans son dossier qu'il était métisse.

Faut-il qu'il rende l'argent ?

Ce n'est si simple. Il y a tout de même un petit souci de pigmentation de peau. Il n'est clairement pas noir, mais il n'est pas non plus blanc. Lui explique que depuis son enfance, on l'a discriminé. Qu'il a subi le racisme, comme un Noir. Violemment même.

Donc, à un moment de sa vie, encore jeune acteur, il a choisi de devenir noir. Il a, par exemple, changer son nom. Il s'appelait Anthony David Lennon, il est donc devenu Anthony Ekundayo – un prénom africain trouvé dans un roman – Lennon.

Il se décrit lui même comme un « born again african », ce qu'on pourrait traduire par « Africain d'élection », avec une touche de religiosité en plus. Bref, il était blanc, ne l'a jamais caché et s'est choisi une nouvelle identité culturelle : noire et africaine.

Sauf qu'alors qu'il n'avait jusqu'à présent eu aucun succès professionnel en tant qu'acteur blanc, il est tout à coup devenu un « homme noir » influent au sein de la communauté théâtrale et artistique de couleur londonienne.

Il a prétendu être métisse pour avoir cette subvention ! Mais avec l'accord du théâtre Talawa et même de ceux qui ont accordé la subvention qui, certes, expliquent, que « son cas est inhabituel » mais qu'ils lui renouvellent sa confiance étant donné qu'il n'a jamais caché son histoire.

Ils se sont basés sur sa négritude d'élection, un peu comme l'on accorderait une subvention réservée aux femmes à un transgenre. C'est complexe cette histoire. Mais pour beaucoup, ça reste de « l'appropriation culturelle ». Alors, qu'est-ce que c'est ?

Ça consiste pour une membre d'une culture dominante – un Britannique blanc – à s'approprier à son avantage ou en les ridiculisant des éléments d'une culture minoritaire : en l’occurrence, les Noirs africains ou caraïbes en Grande-Bretagne.

Pour Anthony Ekundayo Lennon, les critiques l'accusent de ne jamais vraiment avoir connu la Négritude, au sens que lui donnait Aimé Césaire. En clair, il a profité de tous les avantages, notamment les subventions, sans jamais en subir les inconvénients.

Reste qu'il a touché de l'argent public à la place d'un artiste noir...

C'est effectivement l'argument contre lui le plus affûté. Il y avait 4 bourses destinées à des artistes noirs et il en a accaparé une. Dans un pays où les subventions à la culture sont rares. Et où les artistes issus de la diversité culturelle sont encore très minoritaires.

On compte seulement en Grande-Bretagne, 8% de directeurs de théâtre et 10% de directeurs artistiques issus de ces minorités ethniques « visibles ». Donc, une subvention accordée à Anthony Ekundayo Lennon est, de ce point de vue, une subvention volée.

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