L'ancien président de la Catalogne, Carles Puigdemont, a reçu son accréditation de député européen. L'Espagne se retrouve judiciairement ridiculisée, le jour de l'investiture de Pedro Sánchez.

L'ancien président catalan Carles Puigdemont
L'ancien président catalan Carles Puigdemont © AFP / Aris Oikonomou

Direction l'Espagne ce matin, où l'on reparle de la Catalogne. Pour tout dire, le Premier ministre Pedro Sánchez aurait bien voulu qu'on oublie un peu la Catalogne aujourd'hui. C'est son grand jour : dans quelques heures, il devrait enfin obtenir l'investiture du Parlement après deux élections législatives.

Mais la Catalogne vient de se rappeler à son bon souvenir. Que s'est-il passé ? Vous vous souvenez de Carles Puigdemont, ce président de la région Catalogne au nom impossible à prononcer côté français et qui a fui l'Espagne en 2017 pour échapper à la prison.

On lui reprochait d'avoir illégalement organisé un référendum d'autodétermination. C'était du sérieux : une dizaine d'autres politiques, dont le vice-président de la Catalogne, Oriol Junqueras, ont bel et bien été incarcérés, jugés et condamnés.

Député européen, contre l'avis de Madrid

Exactement ! Mieux que cela, Carles Puigdemont, en exil à Bruxelles, a été élu député européen sur le contingent espagnol. Or, depuis la proclamation des résultats des Européennes, le 13 juin dernier, l'Espagne tente de faire invalider cette élection.

À Madrid, on explique que M. Puigdemont n'est pas allé à Madrid prêter serment et récupérer son « brevet » de député. M. Puigdemont, lui, argue que le suffrage universel a parlé et qu'il est député, point barre. Le serment et le brevet ne sont que des colifichets.

S'ensuit une bataille judiciaire devant la Cour européenne de justice qui a rendu son avis avant Noël : un avis dévastateur pour l'Espagne et qui donne raison sur toute la ligne à Carles Puigdemont.

En clair, et depuis le 13 juin, M. Puigdemont est député européen et avec lui, deux autres députés catalans élus au Parlement de Strasbourg et en délicatesse avec Madrid.

Une immunité parlementaire qui change tout

C'est tout l'enjeu : si Carles Puidgdemont est député européen, il ne peut pas être arrêté, ni jugé par un tribunal espagnol ou européen. Il peut donc tranquillement se balader dans toute l'Europe sans craindre le mandat d'arrêt européen émis par l'Espagne.

Mandat d'arrêt européen qui a d'ailleurs été ridiculisé par trois justices européennes différentes : la Belge, l'Allemande et la Finlandaise. Ce qui s'est passé hier est la suite parfaitement logique de cette décision judiciaire européenne : le Parlement de Strasbourg a accrédité Carles Puigdemont comme député, lui a donné son badge d'accès et l'attend lundi prochain pour la reprise des travaux de l'assemblée. Le système judiciaire et politique espagnol se retrouve ridiculisé.

Désormais, l'Espagne a un député européen en prison

Justement, c'est là où cette affaire devient totalement surréaliste... En plus de Carles Puigdemont, deux autres eurodéputés catalans attendaient leur accréditation : un autre fugitif, Toni Comín, et surtout Oriol Junqueras, dont je vous parlais tout à l'heure : ex-vice-président de Catalogne, il est en prison pour longtemps, condamné à 13 ans en octobre dernier. Or, si vous avez bien suivi, la Cour de justice européenne en a fait un eurodéputé à compter du 13 juin... avec immunité parlementaire.

Et je vous ai gardé le meilleur pour la fin : la majorité dont dispose Pedro Sánchez au Parlement espagnol de Madrid dépend, je vous le donne en mille, de l'ERC, un parti nationaliste catalan dont un des principaux dirigeants est justement Oriol Junqueras.

"Colorín colorado, el cuento no se acabo !" Ce qui, en bon Français, pourrait se traduire par : "ils ne furent pas heureux et n'eurent pas beaucoup d'enfants..."

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