La presse américaine n'a pas de mots assez durs contre le 45e président des Etats-Unis qui a incité les émeutiers contre le Capitole. Et cette colère est transpartisane.

Suite à l'invasion du Capitole par ses supporters chauffés à blanc, la presse américaine unanime à son encontre
Suite à l'invasion du Capitole par ses supporters chauffés à blanc, la presse américaine unanime à son encontre © AFP / SAUL LOEB

Il y a deux mots qui résument la quasi-totalité des unes ce matin : "mob", c’est-à-dire "populace" et le verbe "to reconvene" : reprendre ses travaux ou une réunion. D’un côté le mépris pour les émeutiers, de l’autre la démocratie et ses rites qui résistent.

Mais commençons par la chaîne d’infos préférée de Donald Trump et de ses partisans, à savoir Fox News. A priori, peu de différence : comme les autres médias le mot "mob" dans le titre, "la populace ne vaincra pas".

Le verbe "to reconvene" avec cet autre titre : "Le Congrès reprend ses travaux après des manifestations au Capitole qui ont fait un mort". C’est dans la section "opinions" de la chaîne qu’il faut fouiller pour trouver de l’amertume et de la colère.

Fox News condamne à l’unisson des autres médias

Mais avec des arguments assez surprenants. 

  • Premier argument : ils ont tout gâché !

L’édito parle de "l’incommensurable stupidité de ces bouffons qui ont hier dévasté le Capitole". Et à quoi mesure-t-on cette bêtise crasse ? Au fait "qu’ils ont attaqué ceux qui précisément étaient en train de faire ce que ces gens voulaient". A savoir s’opposer à la certification des votes en faveur de Joe Biden de certains États.

  • L’autre argument est : ces méthodes sont celles de l’extrême-gauche, pas les nôtres !

Et c’est Karl Rove, ancien conseiller de George Bush, Karl Rove, qui le formule : "des manifestants criaient qu’ils étaient le peuple dans la Maison du Peuple". "C’est le langage de l’extrême-gauche, des anarchistes et des antifas, pas celui d’Américains qui aiment leur pays, la Constitution et l’ordre.

Par contre, le coupable est curieusement désigné sans être accusé : "M. le président, ceux qui ont fait cela sont responsables de leurs viles actions, mais c’est vous qui les avez rassemblés et les avez envoyés sur le Capitole. C’est à vous de les arrêter"».

Du Washington Post au LA Times... la colère

Commençons par le "local de l’étape", à savoir le Washington Post qui n’a pas de mots assez durs contre Donald Trump pour qui "la loi et l’ordre" ne signifient qu’une chose : "lui et ses alliés sont au-dessus des lois alors que les autres y sont soumis". Lorsque Trump a fait campagne sur le thème de la loi et de l’ordre, il n’était en réalité que le candidat de l’arbitraire, des abus de pouvoir illégaux et d’une foule en colère. Hier il a ajouté à ce cocktail l’incitation à l’insurrection et à la violence de rue.

Le Los Angeles Times, pour sa part, prend de la hauteur historique pour mieux humilier les Républicains : "ce qui est arrivé hier au Capitole à Washington n’avait rien d’une manifestation : cela relevait plus du sac en 1917 du palais d’Hiver ou d’une scène des printemps arabes de 2011". Et d’accuser les "Mike Pence, les Mitch McConnells, les Ted Cruz républicains d’avoir mis en gage leur intégrité politique pour leurs intérêts personnels immédiats".

Le New York Times souligne un autre point : le fait que les émeutiers d’hier n’ont rencontré qu’un minimum d’obstacles policiers, à l’inverse de la manifestation de juin dernier du mouvement Black Lives Matter pour laquelle le déploiement sécuritaire jusque sur les marches du Capitole était impressionnant. "Beaucoup de partisans de Trump récusent le concept de ‘privilège blanc’. Mais le fait qu’ils aient pu contourner les cordons de police notable et envahir le Sénat et la Chambre des représentants sans opposition notable en est la démonstration la plus éclatante". Les images comparant les deux dispositifs de sécurité, à quelques mois de distance circulent partout, et la différence est saisissantes.