Une bonne nouvelle venue de la Corne de l'Afrique : l'Ethiopie tend la main à l'Erythrée.

Addis Abeba propose d'en finir avec le conflit le plus ancien d'Afrique, tout bonnement. 

1991, l'Erythrée devient indépendante de l'Ethiopie après 30 ans de guerre. Reste entre les deux pays à tracer la frontière.

C'est justement un désaccord sur ce tracé qui, en 1998, provoque une nouvelle guerre de deux ans, des dizaines de milliers de morts et deux pays pauvres toujours en armes depuis lors. Une tentative de règlement datant de l'an 2000, puis de 2002 reste lettre morte.

Le nouveau Premier ministre éthiopien depuis fin mars, Ahmed Abiy, vient de déclarer que l'Ethiopie acceptait l'accord d'Alger, puis de La Haye, c'est à dire : ok pour le tracé frontalier réclamé par l'Erythrée et ok pour rendre la petite ville de Badme.

L'idée, c'est d'en finir avec ces conflits larvés et couteux – en armement par exemple – qui empêche l'Ethiopie d'aller à l'essentiel. Or l'essentiel, c'est vaincre la pauvreté et développer le pays. Je vous donne l'argumentation de ce jeune Premier ministre de 41 ans.

Réponse de l'Erythrée

Ce serait presque comique, si le régime érythréen n'était pas aussi brutal. Asmara a été pris totalement de court. Le ministre de l'Information, contacté par la BBC, a d'abord botté en touche disant qu'il n'avait pas vu le communiqué éthiopien. Puis plus rien.

Le ministre de la Communication est « incomunicado » et l'ensemble des officiels érythréens se taisent. Pour une bonne raison : voilà 20 ans que l'Erythrée justifie son régime de terreur en expliquant de l'Ethiopie est prête à bondir, à envahir, à saccager.

Autrement dit, Asmara a largement instrumentalisé ce différend frontalier pour mieux asseoir un totalitarisme militaro-policier. L'Ethiopie assure avoir tenté 63 fois de régler ce conflit par la négociation : l'Erythrée aurait toujours refusé la moindre discussion.

Il n'est pas non plus impossible que l'ancienne puissance coloniale italienne ait un peu aidé. Depuis plusieurs années, des milliers d'érythréens tentent la traversée du Sahara et de la Méditerranée pour échapper à la conscription obligatoire et mortifère du régime.

Plus de conflit avec l'Ethiopie, plus de raisons de martyriser les jeunes Érythréens ?

Exactement, mais l'Erythrée n'est peut-être pas le seul pays embarrassé par les réformes audacieuses du Premier ministre éthiopien. En quelques semaines, ce dernier au pouvoir, a mis fin à des semaines de manifestations des Oromos éthiopiens.

D'abord parce qu'il est Oromo lui-même. Ensuite parce qu'il a vidé les prisons du pays en libérant des milliers de manifestants. Or, l'Ethiopie est le géant oublié de l'Afrique. Avec ses 100 millions d'habitants, il est à terme le seul rival sérieux de l'Egypte et du Soudan.

Son taux de croissance parmi les plus élevés d'Afrique commence à inquiéter ses deux voisins du nord qui avaient pris l'habitude de compter l'Ethiopie pour quantité négligeable. Grave erreur parce que l'Ethiopie, c'est le château d'eau de la région.

Or justement, s'y termine le plus grand ouvrage d'Afrique. Plus considérable encore que le barrage d'Assouan : le barrage de la Renaissance qui, une fois terminé, permettra l'irrigation de dizaines de milliers d'hectares et produira de l'électricité en excédent.

Il y a aussi la Somalie en guerre aux frontières du pays.

Avec des puissances parfaitement étrangères, comme les Emirats Arabes Unis ou la Turquie qui tentent d'y pousser leurs pions et qui, au fond, ajoutent à la confusion et à la corruption. Or l'Ethiopie, elle, lorsqu'elle va bien, envoie des troupes.

Or, on le sait, c'est beaucoup plus efficace. Autrement dit, tout le monde dans la région avait intérêt à une Ethiopie recluse, en proie à une crise politique intérieure et enkystée dans un conflit frontalier vieux de 20 ans. C'était tellement plus confortable !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.