Le Soudan vient d'adopter une loi contre l'excision. Une forme de reconnaissance pour les Soudanaises qui ont été aux avant-postes de la révolution de 2019.

Au Soudan, l'excision est désormais interdite où elle touche près de 9 femmes sur 10
Au Soudan, l'excision est désormais interdite où elle touche près de 9 femmes sur 10 © AFP / Yasuyoshi CHIBA

Le Soudan a décidé d'interdire l'excision : une grande victoire pour les Soudanaises ! Une victoire d'étape, mais une grande victoire tout de même. Pour ceux qui se souviennent des magnifiques manifestations soudanaises qui ont eu raison du régime dictatorial d'Omar al Bashir, en avril 2019, c'est même une seconde victoire.

A l'époque, on avait souligné ensemble l'immense courage des jeunes soudanais et surtout, des femmes ! Ce sont elles qui étaient aux avant-postes, elles qui chantaient la « thaoura », la révolution, elles qui avaient mérité l'épithète de « Kandara » !

C'est-à-dire de « reines nubiennes », femmes puissantes et victorieuses. Un an après, une de leurs revendications les plus emblématiques a donc pris force de loi : l'excision est désormais interdite au Soudan, sous peine d'amendes et de 3 années de prison.

Une loi ne suffira pas à éradiquer la pratique de l'excision...

Surtout dans un pays où on estime que près de 90% des femmes sont excisées. Imaginez que les premiers mouvements contre l'excision – qui est une mutilation génitale pratiquée parfois sur des petites filles de cinq ans – datent de 1920 !

Cette loi n'est donc qu'un début mais elle très importante parce que l'excision au Soudan, mais aussi en Egypte et en Somalie – comme dans toute la corne de l'Afrique – est attestée depuis l'Antiquité. En clair, il s'agit d'une tradition très profondément ancrée.

Une victoire législative au Soudan aujourd'hui, après l'Egypte en 2008, est donc symboliquement cruciale. Même si l'excision est, par ailleurs, pratiquée dans un minimum de 31 pays dans le monde, dont 27 en Afrique.

Deux-cents millions de victimes et de l'espoir !

L'ONU estime le nombre de femmes excisées dans le monde à 200 millions. Mais c'est une estimation basse : certaines ONG évoquent plutôt 90 pays où elle se pratique encore. On a repéré des cas en Colombie, dans des communautés amérindiennes, ou encore en Israël.

Cette fois-ci, au sein de la communauté juive éthiopienne. Le problème consiste donc non seulement à l'interdire par le biais de loi mais aussi à convaincre les sociétés. Le Mali, par exemple, n'a toujours pas légiféré sur le sujet.

Et lorsqu'on pose la question aux Maliennes, elles sont encore 85% à penser que l'excision doit être pratiquée. Mais, au Mali comme ailleurs, on se mobilise : début avril, 92 villages du Sud-Mali se sont eux-mêmes déclarés « zone de non-excision ».

Scolariser les filles, une solution universelle

Voici le message qu'il faut faire passer : l'excision est en constant recul depuis une trentaine d'années. Grâce à deux puissants facteurs : d'une part, l'éducation des femmes qui est en amélioration continue en Afrique subsaharienne.

Aujourd'hui le taux de scolarisation est de 90%, pour les garçons comme pour les filles. Or il y a une corrélation directe entre scolarisation, contrôle des naissances et lutte contre les mutilations génitales chez les femmes. Ensuite, il y a une mobilisation locale :

C'est le plus important. Contre l'excision il faut passer absolument par des campagnes locales pour convaincre. Des campagnes parfois étonnantes : au Mali, d'anciennes "exciseuses" ont été recrutées par ces programmes pour, précisément parler d'expérience. C'est la condition d'un succès durable !

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