Le parti d'extrême-droite espagnol Vox propose d'entourer les enclaves de Ceuta et Melilla d'un mur d'enceinte "en béton" et "infranchissable". Ça ne vous rappelle rien ?

Photo prise le 9 juillet 2014 dans la ville côtière de Nador, au Maroc. Au premier plan, une tranchée creusée face à une clôture (en arrière-plan) séparant le Maroc de l'enclave espagnole de la ville de Melilla
Photo prise le 9 juillet 2014 dans la ville côtière de Nador, au Maroc. Au premier plan, une tranchée creusée face à une clôture (en arrière-plan) séparant le Maroc de l'enclave espagnole de la ville de Melilla © AFP / Fadel Senna

Direction l'Espagne ce matin, ou plutôt l'enclave espagnole de Melilla au Maroc. Pour ceux qui se lèvent, ça demande tout de même un peu de précision : l'Espagne est le dernier pays d'Europe à posséder encore un bout de terre africaine, en l'espèce deux enclaves citadines au nord du territoire marocain : les cités de Ceuta et Melilla.

Je parle bien de villes, puisque les deux ont à peu près la même population, c'est-à-dire 85 000 habitants chacune tout de même. Et les deux rencontrent le même problème lancinant : ce sont des frontières européennes avancées en Afrique.

Elles sont donc toutes les deux entourées d'immenses clôtures pour empêcher les migrants de traverser. A Melilla par exemple, il s'agit d'une série de 3 clôtures de 8m de haut. Et c'est compter sans celle que vient d'édifier le Maroc.

Des clôtures et surtout des barbelés barbares

J'invite tout ceux qui ont le cœur bien accroché à aller faire un tour sur internet pour voir à quoi ressemble ces barbelés, en espagnol on appelle ça des « concertinas » : de véritables lames de rasoir alignées par milliers au sommet de ces clôtures.

Cela blessait tellement durement les migrants qui tentaient de passer que le gouvernement espagnol a fini par promettre de les retirer : il en reste tout de même deux kilomètres et demi sur les 11,5 km de clôtures.

Mais cela, on le savait déjà. Ce qui est nouveau c'est que l'Espagne votera dimanche pour la quatrième fois en quatre ans. Et le parti d'extrême droite, Vox, qui a le vent en poupe, à proposé de remplacer ces clôtures par... un mur d'enceinte et pour les deux cités.

Un mur comme celui de Donald Trump entre le Mexique et les Etats-Unis

Tout pareil, au mot près ! Je cite le responsable de ce parti d'extrême-droite qui était en meeting il y a quelques jours : 

un mur de béton si haut qu'il ne viendra à l'idée de personne de passer par dessus, même avec l'aide de la gendarmerie marocaine.

Mais comme aux Etats-Unis, les chances de voir se construire un jour ce mur sont égales à zéro. Vox est mesuré à 13 ou 14%, autrement dit il ne pourra gouverner qu'en coalition. Or, heureusement, il est le seul parti à proposer cette solution trumpienne.

Vox, 3e force politique du pays ?

Jamais depuis la restauration de la démocratie en Espagne en 1978 un parti d'extrême-droite n'avait obtenu de telles intentions de vote. Et si l'on en croit les sondages, Vox deviendra à l'issue des élections de dimanche la 3e force politique du pays.

Il y a en plus un contexte particulier à Melilla : c'est une ville dont l'histoire est très liée au franquisme. C'est là qu'a commencé le soulèvement militaire de 1936 et c'est même là que se trouve encore aujourd'hui la dernière statue publique du dictateur Franco.

Elle a bien été déplacée dans un lieu plus discret en 2005 – elle était avant en plein centre-ville et au milieu d'une fontaine. Mais elle n'a toujours pas été retirée. Inutile de préciser que Vox réalise à Melilla des scores de maréchal... espagnol, bien sûr !

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