Après la Biélorussie, le Kirghizistan : depuis plusieurs jours des manifestations ont eu raison d'élections législatives contestées. C'est tout l'édifice patiemment ouvragé par Vladimir Poutine qui est en train de s'effondrer.

Ce qu’on appelle "révolution de couleur", ce sont des renversements de régime dus à des manifestations massives dans les anciens pays du bloc soviétique. C’est exactement ce qu’il se passe en ce moment même au Kirghizistan et surtout à Bichkek, la capitale :

Élections législatives le 4 octobre, résultats trop favorables aux partis présidentiels, contestation massive lundi et encore hier. Mais à la différence de la Biélorussie, les autorités kirghizes n’ont pas cherché à mégoter : les élections ont déjà été annulées.

Le président a fui ses bureaux et a, lui-même, appelé à de nouvelles élections tout en ne démissionnant pas. C’est l’opposition qui est aujourd’hui à l’initiative et a formé un "Conseil de coordination" qui appelle au calme et assure avoir pris les rênes du pays.

Le seul des "cinq stans" qui n'est pas une autocratie

S’il y a bien un pays d’Asie centrale où ce type de renversement de pouvoir est envisageable, c’est bien le Kirghizistan. Des "cinq stans" issus de la décomposition de l’Union soviétique en 1991, c’est le seul à avoir une vie politique riche et compétitive.

Les 4 autres "stans" - Ouzbékistan, Kazakhstan, Turkménistan et Tadjikistan – sont des autocraties féroces. Le Kirghizistan, lui, a connu une révolution dite « des Tulipes » en 2005 et ses deux derniers présidents ont été renversés par des manifs de rue.

En clair, c’est "le vilain petit canard" d’Asie centrale : partout ailleurs on persécute, on emprisonne et on se range fidèlement au côté de la Russie. Or c’est précisément cette alliance avec la Russie qui a posé problème au Kirghizistan.

L'Union économique eurasiatique, une créature du Kremlin

Petit à petit, Moscou y faisait son nid : depuis 2015, le Kirghizistan appartient à l’Union économique eurasiatique – une sorte de décalque de l’Union européenne qui aurait la Russie pour référence – et depuis Moscou n’a cessé d’avancer ses pions. 

Le principal parti du pays, le Birimdik, parlait même – il y a encore quelques jours – "d’intégration" à la Russie. C’est trop pour un peuple qui a son indépendance vis-à-vis de ses deux puissants voisins – Chine et Russie – chevillée au corps.

Surtout, les Kirghizes ne font qu’imiter un autre membre de cette pauvre Union économique eurasiatique en pleine déconfiture : la Biélorussie ! En fait, si l’on regarde de près, sur les 5 membres de l’UEEA, trois sont en révolte ou en guerre.

Les manifs et maintenant la guerre

L’Arménie, alliée et cliente de Moscou et en quasi-guerre ouverte depuis fin septembre avec son voisin azerbaïdjanais. Sans parler des manifestations dans l’extrême-Est russe, à Khabarovsk, et qui durent depuis plus de 3 mois. En fait, c’est cela qu’il faut retenir :

Contrairement à ce que disent les thuriféraires de Vladimir Poutine, le régime russe ce n’est ni l’ordre, ni la puissance. C’est même l’inverse ! De Bishkek à Minsk, de Khabarovsk à Erevan, la Russie poutinienne – comme avant elle l’empire des Tsars et l’URSS - c’est le désordre assuré et, à la fin, la ruine de Moscou.