A l'horizon 2050, le Danemark ne produira plus de pétrole et de gaz. C'est une décision difficile pour le premier producteur d'or noir de l'Union européenne, même si elle intervient à l'issue d'une longue adaptation.

La plateforme "Maersk Invincible" au milieu de la mer du Nord
La plateforme "Maersk Invincible" au milieu de la mer du Nord © AFP / Niels Christian Vilmann / Ritzau Scanpix

Le Danemark a annoncé la fin de toute exploration pétrolière et gazière à l’horizon 2050.

Le timing est parfait ! Cette annonce coïncide avec la Journée mondiale pour le climat, aujourd’hui 8 décembre. En plus, il ne s’agit pas d’une annonce gadget. Le Danemark, depuis le retrait de la Grande-Bretagne, est le premier producteur de pétrole de l’UE.

Avec un peu plus de 100 000 barils par jour et plus de trois milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, le Danemark est, encore aujourd’hui, exportateur net de ces deux ressources d’énergie fossiles depuis les années 1970 !

Une décision difficile qui va coûter à l’Etat danois deux milliards d’euros annuels et qui surtout s’applique de suite : plus aucune licence d’exploitation ne sera accordée, seules les anciennes pourront continuer d’être exploitées jusqu’en 2050.

Une nouvelle ère longuement préparée

Difficile d’être mieux préparé que ce petit royaume de six millions d’habitants : ça fait un demi-siècle que le pays a décidé de devenir le champion de l’énergie décarbonnée. Avec une recette : une intervention massive de l’État dans l’industrie des énergies renouvelables. 

Une réussite totale : Orsted (l’équivalent de Total au Danemark) a abandonné le pétrole et la gaz pour devenir n°1 mondial des plateformes éoliennes offshores. L’entreprise appartient encore pour moitié à l’État danois et sa capitalisation boursière est deux fois celle de Engie. Même chose pour Vestra, le producteur d’éoliennes, dont l’action vient de crever le plafond des 1000 couronnes danoises. Historique !

Aujourd’hui, le Danemark tourne à 75% aux énergies renouvelables, essentiellement les éoliennes. Donc cette décision vient couronner des décennies d’efforts constants.

Une décision en demi-teinte

La version optimiste, je viens de vous la faire. La pessimiste est la suivante : le Danemark, a atteint son pic de production pétrolière et gazière au début des années 2000. Aujourd’hui, le Danemark produit trois fois moins de gaz et de pétrole qu’il y a vingt ans. En clair, en 2050, il n’y aura plus grand-chose à exploiter.

Enfin le Groenland, qui dépend encore de Copenhague, n’est pas concerné par cette décision. Or, il y aurait là-bas d’énormes réserves de gaz et de pétrole à découvrir.

Quarante années de prospérité exceptionnelle grâce aux revenus pétroliers

Pas tout à fait : elle permet de préparer les Danois a des jours plus sombres. Il faut rappeler que tous les pays de l’Union européenne n’ont pas été égaux devant la croissance et les revenus fiscaux ces 40 dernières années.

L’exploitation pétrolière et gazière a rapporté au Danemark une centaine de milliards d’euros depuis les années 1970. Ça explique largement la générosité du système social danois et l’extraordinaire prospérité du pays.

Ce n’est pas le seul pays à avoir bénéficié de ce trésor fiscal. La Grande-Bretagne, en 40 ans d’exploitation de la Mer du Nord, a encaissé plus de 500 milliards d’euros d’impôts nouveaux. Idem pour les Pays-Bas et la Norvège.

Autrement dit, l’on peut sans problème baisser l’impôt sur les sociétés, comme les Pays-Bas, ou favoriser outrageusement la City, comme la Grande-Bretagne, ou avoir un système social hors-pair, comme le Danemark, lorsqu’une telle manne tombe du ciel… Ou plutôt sort de la mer…