Retirer les Houthis de la liste des organisations terroristes est une première étape, importante, vers une résolution du conflit au Yémen. Washington reprend l'initiative dans la région.

 Sana'a capitale du Yémen
Sana'a capitale du Yémen © Getty / Mohannad Khatib @Mediumshot

Les États-Unis ont donc retiré les Houthis de leur liste des organisations terroristes et c’est une décision très importante. Voilà bientôt 6 ans qu’une coalition emmenée par l’Arabie saoudite fait la guerre aux Houthis, cette rébellion alliée à l’Iran qui, en 2014, a renversé le gouvernement soutenu par Ryad et menaçait de contrôler tout le Yémen.

Une guerre qui a ruiné le pays. Aujourd’hui, l’ONU estime que 20 millions de Yéménites ont été confrontés à la faim au court de l’année écoulée et que 10 millions, sont en grande précarité alimentaire.

Or, Donald Trump, une journée avant la fin de son mandat, le 19 janvier donc, avait pris soin de piéger l’administration Biden en plaçant les Houthis sur la liste des organisations terroristes.

Les Houthis, paria ou partenaire ?

Toute personne ou entreprise prise à commercer avec l’organisation désignée comme terroriste peut faire l’objet de sanctions aux États-Unis. Comme toujours, même la simple utilisation du dollar peut entraîner ces poursuites.

Le problème, c’est que 80% de la population yéménite vit dans des zones contrôlées par les Houthis, dont la capitale Sanaa et une partie importante du port d’Al Hudaydah.

Or, l’essentiel des livraisons commerciales de nourriture et de produits de première nécessité, comme les médicaments, mais aussi l’aide humanitaire passent par ce port d’Al Hudaydah. 

Le Yémen au bord de la famine

L’effet paralysant est immédiat : personne n’a envie d’être poursuivi par les États-Unis parce que ses produits se sont retrouvés entre les mains d’une organisation terroriste. Un vrai piège, pour le coup vraiment mortel, tendu par l’ancienne administration.

Mais à vrai dire, l’importance de la décision de l’administration de Joe Biden et ailleurs. En retirant les Houthis de la liste des organisations terroristes, la Maison-Blanche envoie deux messages : d’une part, qu’il est temps de négocier et d’en finir avec cette guerre.

D’autre part, que s’en est fini de la lune de miel entre Washington et Ryad. En tout cas, que les États-Unis ne laisseront plus le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman faire n’importe quoi dans une région qui reste stratégique pour l’Occident.

Mohamed ben Salman à l'amende 

C’est même une claque et sous forme d’aller-retour, en plus ! L’aller, c’était il y a quelques jours lorsque Washington a suspendu toute livraison d’armes à destination de l’Arabie saoudite. Le retour, c’est donc cette nouvelle attitude face aux Houthis.

Ça ne signifie pas que les États-Unis lâchent l’Arabie saoudite. Dans le coin, ils n’ont pas tant d’alliés indéfectibles que cela. Ça signifie que les années où Ryad pouvait entamer une guerre au Yémen et organiser le blocus d’un voisin, le Qatar, sont terminées.

Et c’est une excellente nouvelle pour toute la région qui a besoin d’apaisement et de négociations, pas d’un prince héritier intempestif qui n’avait personne pour le retenir de n’en faire qu’à sa tête… et violemment encore !