Alors que les manifs continuent, les autorités hongkongaises ont un plan : parler des sujets qui piquent et désigner l'ennemi occidental.

Des touristes dans le Parc Disneyland de Hong Kong
Des touristes dans le Parc Disneyland de Hong Kong © AFP / Lui Siu Wai / XINHUA

Le parc Disneyland à Hong Kong est le plus petit parc de l'univers Disney, avec 5 millions de visiteurs par an... mais c'est Hong Kong ! À vrai dire, ce n'est pas tant visiter ce parc d'attraction qui m'intéresse aujourd'hui que les déclarations des autorités hongkongaises : elles veulent récupérer une terrain de 60 hectares sur lequel Disney possède une option depuis la création du parc.

Un terrain vide, que Disney avait obtenu pour un éventuel développement futur et qui est resté totalement vierge depuis. Or les autorités suggèrent que Disney redonne ce terrain pour y construire des logements qui manquent cruellement à la cité-Etat.

Des mois de manifs et des problèmes de logement

D'abord, il y a un vrai problème de logements à Hong Kong. C'est la ville la plus chère du monde depuis neuf années consécutives. Pour acheter un simple appartement, il en coûte à une famille hongkongaise 21 fois son revenu médian annuel (pour un Parisien, c'est dix fois le salaire médian) .Donc 60 hectares de terres vierges depuis quinze ans, c'est presque un crime : on pourrait y construire 20 000 logements. 

Mais vous avez raison de souligner qua priori, l'actu est ailleurs : elle est aux manifs ! Des manifs qui ont commencé début juin par des centaines de milliers de manifestants et qui n'ont pas cessé depuis : le 8 décembre, ils étaient 800 000 à protester et le 1er janvier, 60 000 "épaule contre épaule" dans le Victoria Park, là où tout a commencé.

Soixante hectares qui valent de l'or

C'est le début d'une reprise en main des autorités hongkongaises. Cette affaire de réclamation de terre à Disney pour construire des logements est le symptôme que désormais, il y a bien un plan de reconquête en place.

En fait, Pékin a pour le moment renoncé à intervenir par la force. Il y a des arrestations, des violences policières, mais rien à voir avec les milliers de morts de Tiananmen, par exemple. Le plan des Chinois est en deux temps : 

  1. D'abord, épuiser le mouvement.
  2. Ensuite, parler d'autres choses que de démocratie ou de gouvernance du territoire. Parler d'économie, de développement et, bien sûr, de la préoccupation n° 1 des Hongkongais, surtout des jeunes qui manifestent beaucoup : le logement.

Le tourisme, première victime économique des manifs

Disneyland et ses 60 hectares de terres inutilisées ont beaucoup d'avantages. Il s'agit d'une entreprise symbole de la culture anglo-saxonne que l'on accuse de préférer stériliser des terres plutôt que de les offrir à l'intérêt général.

En plus, en parlant de Disneyland, on parle d'une des industries les plus prospères de la cité autonome : le tourisme. Plus de 200 000 Hongkongais travaillent dans ce secteur en pleine croissance. C'est malin, parce que le tourisme a été très affecté par les manifs.

Donc, en réclamant à Disneyland ses 60 hectares, les autorités hongkongaises font d'une pierre trois coups : 

  • elles désignent l'ennemi occidental, 
  • elles soulignent leur sensibilité à un sujet social brûlant, le logement 
  • et en plus, elles parlent économie et avenir.
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