C'est un succès retentissant, rendez-vous compte : les principaux syndicats espagnols parlent de plus de 5 millions de grévistes. Hommes comme femmes d'ailleurs, mais autour d'un thème simple et clair : l'égalité des droits et des salaires.

Une femme arborant un symbole de Vénus sur son visage prend part à une manifestation pour défendre les droits des femmes lors de la Journée internationale à Barcelone, le 8 mars 2018
Une femme arborant un symbole de Vénus sur son visage prend part à une manifestation pour défendre les droits des femmes lors de la Journée internationale à Barcelone, le 8 mars 2018 © AFP / Pau Barrena

Avec ce slogan : « sans égalité, pas de liberté ». Il ne manque que la Fraternité et on se croirait en France ! Mais c'est bien l'Espagne qui aujourd'hui a décidé de porter haut le flambeau du féminisme. Cette grève a d'ailleurs un nom : la grève féministe.

Parce que cette grève a été convoquée dans plus de 170 pays dans le monde, mais c'est en Espagne que la mobilisation a été la plus impressionnante : manifestations dans toutes les villes du pays, service minimum des transports, entreprises au ralenti.

Cela semble logique : l'Espagne, après tout, c'est le pays du machisme, comme la France serait le pays du chauvinisme. Il est logique donc qu'à une situation de patriarcat aggravé par le catholicisme répond une forte mobilisation féministe.

D'abord, si l'Espagne était un pays si catholique, comment expliquer que des milliers de françaises s'y rendent pour des fécondations in vitro, voire des avortements ? Comment expliquer aussi que le mariage gay y a été légal plus de 10 ans avant la France ?

Ensuite, l'Espagne est aussi un des pays d'Europe régulièrement cité et donné en exemple pour son ensemble de lois contre les violences faites aux femmes, depuis la protection, la dénonciation, la mise à l'abri et les réparations.

L'Espagne, et c'est un cas presque unique en Europe du sud, voire du nord, a fait voter en 2004 une loi organique dite « loi intégrale contre la violence de genre » votée à l'unanimité par le parlement espagnol de l'époque.

Une loi qui a mis en place des institutions, des financements, des procédures judiciaires, des systèmes d'accueil, des cours dans toutes les écoles du pays, bref un cycle complet de prévention, d'assistance et de répression. Un succès unanime.

10 ans après la mise en place de ces outils, une génération entière de jeunes femmes ont été formées, averties, sensibilisées voire politisées autour de ces problèmes qui n'ont jamais quitté l'actualité.

Une décennie plus tard, il est est encore plus insupportable que ces problèmes persistent. Mais il y a une deuxième raison qui explique le succès d'aujourd'hui. Une raison peut-être plus importante encore : l'Espagne va mieux, beaucoup mieux.

La Grande Récession de ces 10 dernières années se termine en France, mais aussi et d'une manière plus spectaculaire encore en Espagne. La croissance du pays a été 3,1% en 2017, un chiffre de rêve. Le chômage a perdu 10 points en 4 ans ! Un record !

Je ne dis pas que tout va bien : il y a toujours 17% de chômeurs en Espagne. Mais la période pendant laquelle les salariés et les familles ont dû faire le dos rond et accepter tous les sacrifices, toutes les humiliations, salariales notamment, est terminée.

L'heure des revendications est revenue ?

Oui, les espagnols veulent leur juste part du gâteau et ne supportent plus ces inégalités criantes que la récession n'a fait que creuser. Or l'Espagne est un pays tout aussi passionné d'égalité que la France.

C'est ce qu'ont parfaitement compris les syndicats espagnols qui ont placé cette journée de mobilisation sous le slogan « sans égalité, pas de liberté ». Or cette mobilisation réussie en Espagne devrait être suivie de près en France.

Parce comme on dit en Espagne, « siempre nos quedará París », « Il nous restera toujours Paris ».

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