Nazanin Zaghari-Ratcliffe vient d'achever une peine de cinq ans à Téhéran... avant peut-être d'en entamer une autre. Une dizaine d'étrangers, souvent bi-nationaux, sont ainsi retenus en Iran.

Nazanin Zaghari-Ratcliffe
Nazanin Zaghari-Ratcliffe © AFP / Campagne Free Nazanin

Direction l’Iran ce matin pour une nouvelle qui a ravi la Grande-Bretagne : on a en effet appris que Nazanin Zaghari Ratcliffe avait été libérée de son bracelet électronique. Cela faisait un an que cette irano-britannique était aux arrêts domiciliaires chez ses parents à Téhéran. Surtout, ce retrait marque la fin d’une saga de cinq ans.

Le 3 avril 2016, cette responsable de la fondation Reuters était arrêtée à l’aéroport de Téhéran après avoir rendu visite à ses parents. Incarcéré au secret à la sinistre prison d’Evin où sont enfermés prisonniers politiques et opposants au régime, elle a été condamnée pour "complot visant à renverser le régime" à cinq ans : elle a donc accompli l’intégralité de sa peine à quelques jours près.

Retour à Londres compromis par un second procès

Elle n’a pas récupéré son passeport et doit faire face dans quelques jours à de nouvelles accusations de "diffusion de propagande contre le régime" et donc à un nouveau procès voire à de nouvelles peines de prison. 

Elle a, en plus, joué de malchance : en novembre 2017, Boris Johnson, alors ministre des Affaires étrangères, déclare que Mme Zaghari-Ratcliffe était en Iran pour enseigner le journalisme. Aussitôt dit, aussitôt utilisé contre elle au tribunal. Une énorme gaffe ! Mme Zaghari-Ratcliffe est donc devenue une sorte de pion dans un jeu diplomatique qui la dépasse largement.

L’Iran fait du chantage aux prisonniers étrangers…

Ça porte même un nom : la diplomatie des otages. L’Iran n’est d’ailleurs pas le seul pays à la pratiquer : la Chine a incarcéré, par exemple, deux ressortissants canadiens en 2018 parce que le Canada retenait l’héritière de Huawei réclamée par les États-Unis.

Mais il est vrai que l’Iran a peaufiné cette technique : il y a en ce moment une dizaine de ressortissants étrangers dans ses prisons, dont deux Français.

Pour Mme Zaghari-Ratcliffe, la question est donc : que cherche à obtenir l’Iran ? La réponse est simple comme un chiffre : 500 millions d’euros que la Grande-Bretagne doit à l’Iran depuis la Révolution de 1979. Mme Zaghari-Ratcliffe a été arrêtée à la veille d’un procès intenté par l’Iran qui cherchait à récupérer cette somme rondelette.

Une affaire de gros sous doublée d'un imbroglio diplomatique 

Depuis il s’est passé le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et le renforcement des sanctions contre l’Iran en 2018. Or ces sanctions empêchent la Grande-Bretagne de régler cette facture de 500 millions d’euros.

La solution ne peut donc venir que de Washington. Ça tombe bien, Joe Biden veut réintégrer l’accord sur le nucléaire iranien et pourrait, dans un signe de bonne volonté, commencer par autoriser l’Iran à recouvrer des sommes bloquées de par le monde.

La liberté de Mme Zaghari-Ratcliffe pourrait donc être aussi simple qu’un virement bancaire international dans un pays, l’Iran, qui manque cruellement de devises étrangères.