Israël doit faire face à une flambée épidémique très grave. Or, les ultra-orthodoxes israéliens résistent aux appels au reconfinement surtout avant les grandes fêtes juives de Rosh Hashanah et Yom Kippour.

On part en Israël ce matin, où la progression de l'épidémie de Covid19 est très inquiétante. Pour la seule journée d'hier, Israël a ajouté un peu plus de 3 300 cas de Covid19 sur un total d'environ 134 000 cas détectés depuis le début de l'épidémie. Israël est au 8e rang mondial en chiffres absolus alors que sa population n'est que de 9 millions d'habitants.

En clair, depuis une semaine, Israël est le pays qui compte en proportion le plus de contamination au monde. Au cœur de cette flambée épidémique, 40 villes et quartiers identifiés comme des « villes rouges ». Des endroits donc où le virus circule beaucoup.

Mais dans cette quarantaine de lieux, 10 sont particulièrement préoccupants et ont été qualifiés par le coordinateur national épidémiologique, Roni Gamzu. Le problème est que ces villes rouges vifs sont presque toutes des villes ou quartiers ultra-orthodoxes.

Yeshivas et prières communes 

Ce qu'on appelle des « ultra-orthodoxes » ici, ou des « haredim » en Israël, des « craignant Dieu », ce sont des juifs très pratiquants qui vivent en communautés, à l'écart des civils, et qui passent leur temps à étudier les textes religieux et à prier.

On les reconnaît à la façon dont ils sont habillés : papillotes, chapeau de fourrure, tunique noire pour les hommes, perruques, fichus et robes longues pour les femmes. Le problème qu'il pose est d'abord qu'ils vivent dans des quartiers très densément peuplés.

Ensuite, ils ont l'habitude de prier côte-côte dans des lieux clos ou d'étudier collés-serrés dans les écoles rabbiniques. La catastrophe est donc servie ! D'ailleurs les chiffres parlent d'eux mêmes : un quart des nouveaux cas proviennent de ces communautés.

12% de la population, un quart des cas détectés

Exactement. Or, ces communautés ultra-orthodoxes résistent encore et toujours à la volonté du tsar israélien du Covid19, Roni Gamzu, de leur imposer un confinement. M. Gamzu n'est pas des leurs et il le soupçonnent de discriminer les « craignants Dieu ».

« Vous voulez nous empêcher de prier », a même expliqué un ministre israélien qui les représente : Yaakov Litzman. Il veulent tout ou rien : un confinement général ou pas de confinement du tout. Et le plus étonnant c'est que le gouvernement hésite. Pourquoi ?

Parce que Netanyahu a besoin d'eux au Parlement israélien pour contrecarrer un procès pour corruption qui doit reprendre bientôt. Résultat, alors qu'une décision sur cette dizaine de villes « rouge vif » devait être prise dimanche, elle a été repoussée à jeudi !

Les quartiers juifs new-yorkais dévastés

D'abord, pour être tout à fait juste, ces juifs-ultras israéliens se sont bien comportées au printemps. Notamment parce qu'ils ont été effrayés par la violence de l'épidémie à New-York qui a ravagé la communauté juive ultra-orthodoxe et notamment les vieux rabbins.

Mais là, on a atteint les limites de l'acceptable pour eux : les fêtes de Rosh Hashana et de Yom Kippour approchent à grand pas : c'est pour fin-septembre. Or il est question en Israël d'annuler les cérémonies. C'est inacceptable pour ces hommes voués à la prière.

Il y a aussi l'économie de ces écoles rabbiniques qui reçoivent des étudiants étrangers. Là, le gouvernement a cédé et à autorisé la venue de milliers d'entre eux. Conclusion : de renoncements en hésitations, le gouvernement a perdu toute crédibilité en Israël.