En 2008, les Chinois achetaient à des Grecs exsangues le port du Pirée. Aujourd'hui, la Grèce va mieux (un peu) et commencent à reconsidérer cet investissement à l'aune de ses alliances occidentales.

Commençons par l'information tombée il y a quelques jours : la Conseil central archéologique grec a opposé son veto au plan d'investissement et de développement du port du Pirée de l'entreprise chinoise Cosco.

Un investissement de 675 million d'euros tout de même : l'entreprise chinoise prévoyait de construire un nouveau terminal pour ferries et bateau de croisière dans un port où, depuis 2008, elle possède déjà 3 quais pour containers.

Mais ce n'est pas tout : les archéologues grecs ont décidé de retoquer aussi un centre commercial qui devait être attenant au quai flambant neuf et un hôtel 5 étoiles qui complétait le projet. En clair, c'est un fin de non recevoir difficile à surmonter.

Chinois et Grecs, de l'amour fou à la bouderie

Mais ça s'était avant. C'était à l'époque où la Grèce ruinée n'avait pas les moyens de refuser les milliards promis par la Chine. Une époque où plus personne en Europe ne voulait plus investir en Grèce et où la Chine faisait figure de chevalier blanc.

Pour le meilleur, puisque le port du Pirée, qui languissait dans l'inactivité et les grèves à répétition, est aujourd'hui redressé. Il est même en passe de dépasser le port espagnol de Valence pour devenir dès cette année le 1er port à containers de Méditerranée.

Mais ce qui était hier un pied de nez à l'Europe et un investissement inespéré, est aujourd'hui source d'embarras. D'abord pour des raisons internes : les Chinois n'ont jamais été très populaires en Grèce et il y a des élections à venir en octobre.

Italie, Etats-Unis, Europe... le monde entier s'intéresse au Pirée

La Grèce qui, hier encore, était le paria de l'Europe et aujourd'hui revenue en grâce et, du coup, elle est plus regardante sur les investissements chinois. Et puis il y a ces investissements que la Chine veut réaliser dans des ports italiens.

D'un point de vue chinois, c'est tout à fait logique : il s'agit de ne pas mettre tous ces œufs dans le même panier grec. Mais les Grecs n'ont vraiment apprécié cette mise en concurrence. Ensuite, il y a les Etats-Unis. Et là, il y a un coup à jouer.

En ce moment, les américains sont très sourcilleux sur les investissements chinois réalisés dans les pays alliés des Etats-Unis. La Grèce est membre de l'OTAN et l'idée que les Chinois puissent disposer d'un port aussi important que le Pirée les rend nerveux.

La Turquie, ce frère ennemi si instable...

En plus, il y a la Turquie. La Turquie, c'est l'ennemi préféré des Grecs et en ce moment, la Turquie d'Erdogan agace beaucoup l'Amérique de Trump. Elle aussi est membre de l'OTAN mais elle s'obstine à vouloir acheter des armes russes.

En comparaison, Athènes est un havre de paix et de stabilité. Et Athènes à tout à gagner à jouer les bons élèves de l'Europe et de l'OTAN. Donc, si cette nouvelle « entente cordiale » doit signifier de décevoir un peu la Chine, qu'à cela ne tienne !

Mais comme les Grecs ne veulent pas injurier l'avenir – ils reviennent de loin tout de même – ils ont trouvé trouvé une Commission d'archéologues sourcilleuse pour prendre une décision négative sur laquelle il sera toujours temps de revenir sans trop de dédire.

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