Explications sur la bisbille qui oppose la France et la Suisse à propos du Léman express.

Le Léman Express
Le Léman Express © AFP / Fabrice Coffrini

Cette histoire est rocambolesque. Pour bien comprendre, il faut faire un petit retour en arrière : le 15 décembre dernier, en grandes pompes - mais en pleine grève côté français - Genève et sa banlieue française inaugurent le Léman Express. Une sorte de RER transfrontalier avec six lignes, plus de 240 kilomètres de voies, des trains flambant neufs et un tronçon central de plus de 16 kilomètres reliant la suisse Genève à la française Annemasse, dont une grande partie de réseau souterrain. 

Plus d'un siècle qu'on en parlait, de cette liaison transfrontalière. Les travaux ont coûté près de deux milliards d'euros et aujourd'hui, ce sont des dizaines de milliers de Français qui travaillent en Suisse qui voient leurs trajets quotidiens simplifiés et, en plus, c'est écolo !  

Ça c'était le 15 décembre. Le 24 décembre, histoire de souhaiter un joyeux Noël à la Haute-Savoie, le Premier ministre signe le décret d'utilité publique d'une liaison autoroutière à péage 2 x 2 voies entre Thonon-les-Bains et Machilly. 

Ça faisait vingt ans que cette "autoroute du Chablais" attendait dans les cartons. Elle est censée "désenclaver" (comme on disait dans les années 1970) le Chablais, supprimer à terme deux passages à niveaux et ce, sur plus de 16 kilomètres.  

En plus, ça ne coûtera rien à la collectivité : un concessionnaire sera désigné après les travaux et percevra les recettes du péage. Enfin, presque rien : comme sa rentabilité est aléatoire, le Conseil général des Hautes-Alpes a prévu une subvention "d'équilibre". 

Que vient faire Genève dans cette affaire franco-française ?

Comme le précise le quotidien suisse Le Temps dans son titre d'avant-hier : "pour voir passer le Léman Express, rien de mieux qu'une autoroute". Car avec ce dernier ouvrage validé, l'autoroute double le parcours du Léman Express. Sur toute sa longueur ! 

Autrement dit, alors que le Léman Express était censé être un ouvrage vertueux, permettant à des milliers de travailleurs frontaliers d'à terme troquer leur voiture contre un transport en commun de qualité et réduire ainsi la pollution en haute montagne, le gouvernement français a décidé d'ajouter des voitures aux voitures : exactement 500 par jour en heure de pointe, qui s'ajouteront aux 20 000 qui circulent déjà. La ville de Genève, furieuse, crie à la concurrence déloyale et a décidé de contester le décret.  

Que disent les défenseurs de cette liaison autoroutière ? 

Ils expliquent que les deux infrastructures sont complémentaires et pas concurrentes, que 80% des déplacements se font déjà en voiture et que 16 kilomètres de plus faciliteront la vie de tout le monde côté français, sans rien changer à cette équation. 

Mais surtout, ils ont un drôle de porte-parole en la personne de Jean-Christophe Bernaz, ancien candidat aux législatives, qui, toujours dans les pages du Temps de Lausanne, déclare : "de quoi se mêlent les Suisses". Et il poursuit sur le même ton : "C'est de l'ingérence internationale. On va faire comme Trump en Irak ou en Iran et foutre le bordel là-bas !". 

Avec des ambassadeurs de bonne volonté pareils, la France est si bien servie, n'est-ce pas ? La presse suisse a adoré et la ville de Genève aussi !

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