Poursuivi pour blanchiment et fraude fiscale, l'ex-roi, Juan Carlos, risque de faire chuter une monarchie espagnole en piteux état. Revue de détail.

L'ex-souverain espagnole, Juan Carlos, Juan Carlos, fait l'objet d'une enquête formelle pour fraude fiscale et blanchiment de commissions illégales
L'ex-souverain espagnole, Juan Carlos, Juan Carlos, fait l'objet d'une enquête formelle pour fraude fiscale et blanchiment de commissions illégales © AFP / OSCAR DEL POZO

La nouvelle a fait l'effet d'une véritable bombe : dans l'après-midi d'hier, la presse espagnole rapportait que le père du roi actuel, l'ex-roi Juan Carlos, faisait l'objet d'une enquête formelle pour fraude fiscale et blanchiment de commissions illégales.

En résumé, celui qui a régné pendant 39 ans sur notre voisin du sud, descendant direct de Louis XIV, chef d'Etat de la quatrième économie de la zone euro, se voit aujourd'hui traité par la justice de son pays comme on traite un escroc de petit calibre

Une affaire de commissions occultes saoudiennes

Oui, mais avec une nuance grand-guignolesque qui laisse pantois. En gros, on accuse Jean Charles 1er d'avoir encaissé illégalement près de 100 millions d'euros pour ses bons services dans l'attribution à l'Espagne d'un système de TGV en Arabie saoudite.

L'affaire est ancienne et a été pudiquement classé sans suite, en 2018, non pas par manque de preuves mais parce que les faits avaient eu lieu alors que Juan Carlos était roi d'Espagne et donc intouchable.

Seulement voilà, après son abdication en 2014, l'affaire s'est corsée par l'intervention d'une femme, Corinna Larsen, maîtresse du roi, fondée de pouvoir lorsqu'il s'agissait de mouvoir cet argent planqué en Suisse et bénéficiaire au passage de quelques millions.

Un vaudeville grotesque à l'espagnole

En Espagne, on parlerait plutôt d' « esperpento », une sorte de vaudeville grotesque très castillan où le ridicule arrive souvent par les femmes. Or, après 2014, l’ex-roi devient nu juridiquement : il n'est plus chef d'Etat, il n'est qu'un triste sire parfaitement inculpable.

Or ce n'est pas la premère fois que la famille royale espagnole est rattrapée par la justice : la fille de Juan Carlos, l'infante Cristina, a été condamné pour blanchiment et fraude fiscale. Elle a échappé à la prison mais a dû s'acquitter de près de 300 000 € d'amende. Son mari, le gendre du roi, a eu moins de chances : il est toujours en prison.

La presse internationale

La Tribune de Genève publie papier sur papier, tous plus comico-pathétiques les uns que les autres. On y apprenait, par exemple, qu'en 2010, Juan Carlos se baladait à Genève comme un vulgaire gangster de série B avec deux millions en cash sur lui.

Un petit cadeau du Bahreïn qu'il fallait placer discrètement. L'histoire ne semble même pas servir de leçon aux Bourbon d'Espagne : ils ont déjà perdu leur couronne plusieurs fois au XIXe et XXe siècle. Une de plus ne serait même pas l'exception, mais la règle.

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