Les chanteurs de Zimdancehall ont la contestation chevillée au corps. Ils ont chanté la crise sous Mugabe, ils continuent sous Mnangagwa.

On part au Zimbabwe ce matin, où l'ex-président Robert Mugabe est mort... à 95 ou 97 ans, on ne sait pas vraiment l'âge qu'avait Robert Mugabe et à Singapour où il adorait passer des semaines, voire des mois entiers alors qu'il était encore président, se fichant éperdument des affaires du pays qu'il avait laissé derrière lui.

C'est d'ailleurs une des raisons qui lui ont valu d'être gentiment déposé par un coup d'Etat militaire en novembre 2017. Un coup qui a mis dans son fauteuil son numéro 2, Emmerson Mnangagwa : on appelle ça le changement dans la continuité.

D'ailleurs les problèmes persistent : pénuries, inflation, coupures d'électricité et d'eau et même disparition de l'argent liquide remplacée par un système de paiement par téléphone portable. Une situation qui n'a pas échappée aux chanteurs zimbabwéens.

On chante la crise au Zimbabwe

C'est même un genre musical en soi là-bas. Ça s'appelle le Zimdancehall, un lointain cousin du Reggae, ça se chante en Shona et leurs chansons sont souvent mêlées de critiques violentes contre le gouvernement, dont Winky D :

La chanson s'appelle « Jecha »... Rien à signaler, sauf qu'au détour d'un refrain, on entend un des slogans de l'opposition. La réplique ne s'est pas faite attendre : Winky D a annulé son concert du Nouvel an, où s'étaient introduits des voyous payés par le régime.

Pour tout dire, la chanson contestataire n'est pas une nouveauté au Zimbabwe. La lutte contre le pouvoir blanc raciste de ce qui s'appelait à l'époque la Rhodésie – une sorte de copié-collé du régime d'Apartheid sud-africain- s'est faite au son du « chimurenga ».

Un des créateurs du chimurenga, Thomas Mapfumo, est même revenu d'exil en avril 2018 pour un concert exceptionnel à Harare, la capitale. Il est installé en Oregon depuis 2004. C'est dire qu'après avoir lutté contre le pouvoir blanc, il a été exilé par Mugabe.

Les chanteurs continuent le combat...

Il y a bien eu une sorte d'état de grâce pour Emmerson Mnangagwa, qui a propos de Thomas Mapfumo a même déclaré qu'il fallait « passer l'éponge ». Mais les espoirs d'amélioration économique et démocratique ont été sévèrement douché en août 2018 :

Lors d'une énième manifestation de l'opposition, le régime a tiré à balles réelles dans la foule, tuant 6 manifestants. Inutile de dire que Thomas Mapfumo n'est pas revenu au pays et dans le mois qui a suivi, les chanteurs de Zimdancehall se sont mobilisés.

C'est le cas, par exemple, d'un autre chanteur, Poptain, qui a écrit pour l'occasion une chanson au titre explicite : Freedom... Liberté :

Ca n'a malheureusement pas empêché le régime militaro-policier d'Emmerson Mnangagwa de récidiver : en janvier dernier, 17 manifestants ont été tués par balle, 16 viols ont été commis, 26 personnes ont été enlevées et plus de 900 arrêtés.

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