Il a suffi d'une photo pour que les manifestants soudanais s'enthousiasment pour cette "dame en blanc" qui leur chante, juchée sur une voiture, la "révolution".

La dame en blanc (Capture d'écran : https://www.youtube.com/watch?v=-G13Otztsfw&ab_channel=GuardianNews)
La dame en blanc (Capture d'écran : https://www.youtube.com/watch?v=-G13Otztsfw&ab_channel=GuardianNews)

Vous savez que depuis plusieurs mois, le Soudan connait des manifestations monstres et quotidiennes contre le régime en place à Khartoum, la capitale, et surtout, contre son dirigeant au pouvoir depuis 30 ans : Omar Al Bashir. 

Des manifestants très courageux

Depuis février, l'Etat d'urgence a été décrété et des centaines de manifestants ont été arrêtés. Or, lundi, une de ces manifestations était d'autant plus dangereuse qu'elle se déroulait devant le QG de l'armée et des services de renseignements.

Et tout à coup, une femme entièrement vêtue de blanc monte sur une voiture. On devine un juste-au-corps noir sous une étoffe de coton blanc ramené sur la tête. Elle porte des demi-lunes d'or aux oreilles et commence à chanter ça :

Une étudiante de Khartoum

Au début, non. C'est une manifestante, Lana Haroun, qui a enregistré ces images et qui, en plus, a pris au loin une photo d'elle en train de chanter. Une photo magnifique qui est aussitôt devenue virale : cette image est devenu le symbole de ces manifs monstres.

Sauf qu'en devenant virale, on a vite appris qui était cette jeune femme si belle, si élégante et, je le rappelle, si courageuse : elle s'appelle Alaa Salah et serait étudiante. Quant à la chanson qu'elle interprète, elle s'intitule « Thawra », c'est-à-dire révolution.

Ça peut étonner qu'une Soudanaise se mette ainsi en avant : le Soudan a adopté la sharia en 1983 et de 15 000 femmes ont été condamnées au fouet, rien qu'en 2016, pour un voile mal ajusté, une balade avec un homme ou un soupçon d'adultère.

Les femmes majoritaires dans les manifs

La BBC rapporte qu'elles représentent jusqu'à 70% des manifestants ! Un détail qui n'a pas échappé à la police du régime, la NISS, qui depuis le début vise les manifestantes, les brutalise, les arrête ou les menace de viol.

En réponse les Soudanaises ont eu l'idée géniale de prendre en photo ces sbires et de les poster sur internet. Identifiés, leur adresse et téléphone sont diffusés et leur domicile tagué. Depuis, les policiers ne vont plus aux manifs qu'encagoulés

Un fond de matriarcat

D'abord, l'implication des Soudanaises est très ancienne : à chaque fois qu'il y a eu une révolte au Soudan, les femmes étaient aux avant-postes. A commencer par Khalida Zahir, en 1946, 1ère femme médecin du pays et meneuse de la lutte anti-coloniale.

Enfin, il y a un fond culturel très matriarcal au Soudan. On appelle d'ailleurs les femmes d'un surnom très significatif. On les appelle les Kandakas. C'était le nom donné il y a des millénaires aux reines et princesses du royaume du Koush qui régnaient sur le Soudan.

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