Fallait-il renommer l'aéroport de Kaliningrad du nom de l'enfant chéri de cette cité russe, Emmanuel Kant ? Non on répondu les nationalistes russes qui lui ont préféré une tsarine conquérante. Récit.

Tout est étonnant dans cette affaire. L'endroit où cela se passe, pour commencer : Kaliningrad, c'est une enclave russe coincée entre la Pologne et la Lituanie. Autrement dit, entre deux pays appartenant à l'OTAN et l'Union européenne, un bout de Russie.

L'histoire de Kaliningrad est aussi étonnante : la ville a été allemande jusqu'en 1946, elle s'appelait d'ailleurs Königsberg. En 1945 elle a été conquise par l'armée rouge et annexée en 1946. Les Allemands en ont été expulsés et elle a donc été rebaptisée en Kaliningrad.

Eh puis, il y a Kant. Un des philosophes les plus importants de la pensée allemande et universelle : il est né, a travaillé, a écrit et est mort à Königsberg, alias Kaliningrad. C'est même le fils le plus illustre de cette cité et ce depuis le 18e siècle.

Kant contre la Russie de Poutine

Ça c'était avant. A une époque où Kaliningrad se voyait comme un lien entre la Russie et l'Europe. Depuis quelques années, entre Moscou et l'Union européenne, les relations sont compliquées : la guerre en Ukraine, l'annexion de la Crimée, sont passées par là.

Alors, lorsqu'il s'est agi le mois dernier de rebaptiser l'aéroport de Kaliningrad, la guerre entre pro et anti Kant a été déclarée. Parce qu'évidemment, la première idée a été d'honorer, l'enfant chéri de Kaliningrad, dont on a "russifié" le nom Immanuel Ivanovich Kant.

Sauf que la Russie d'aujourd'hui n'est plus celle d'hier qui se voyait un destin européen. Pas question de laisser un philosophe allemand remporter la partie. Et pour que les choses soient bien claires, le vice-amiral de la flotte de la Baltique s'en est mêlé.

Le vice-amiral de la Flotte de la Baltique contre "l'écrivaillon illisible"

Or le vice-amiral Igor Mukhametshin, c'est son nom, c'est un peu la voix de Moscou à Kaliningrad. La ville est avant tout une immense garnison. Et pour l'amiral, Kant n'est, je cite, qu'un « écrivaillon » qui a « pondu des livres que personne ne lit, ni aujourd'hui, ni demain. Et, en plus, c'est un traître qui s'est abaissé à quémander des faveurs ».  

Et pour faire bonne mesure, le vice-amiral a exigé de ses troupes qu'elles votent pour l'impératrice Elisabeth 1er qui a eu la bonne idée de conquérir Königsberg au 18e siècle avant finalement de rendre la ville aux Prussiens.

Mais l'affaire ne s'est pas arrêté là. Toute la ville s'est divisée entre pro et anti Kant. La statue du philosophe a été couverte de peinture rose, comme sa tombe, au pied de la cathédrale et même la plaque commémorative apposée à l'endroit où il est né.

La victoire d'Elisabeth 1ère de Russie

A l'issue d'un vote en ligne, Emmanuel Kant qui pourtant tenait la corde jusqu'à la dernière semaine, s'est fait doubler par la fille de Pierre le Grand ! En fait qu'elle est la morale de cette histoire ?

Il n'y pas plus Européen que Kaliningrad. Sa situation géographique, son histoire sont européennes. Mais les relations avec Moscou sont si mauvaises que même le plus grand philosophe allemand n'a pas réussi à réconcilier l'Est et l'Ouest... dans sa propre ville !

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