Le Parlement indien s'apprête à adopter une loi de naturalisation qui exclurait les musulmans. Un sujet dangereux dans un pays où la religion est une affaire politique hautement volatile.

On part en Inde ce matin, pour une proposition de loi très controversée. Une nouvelle loi dont le fond partirait d'une excellente intention si ce n'était le parti nationaliste hindouiste au pouvoir, le BJP du Premier ministre Narendra Modi, qui n'en était l'auteur : l'idée est de naturaliser les étrangers entrés illégalement en Inde.

Sauf que cette loi introduit non pas des tests de la culture et de la civilisation indiennes, comme en Occident, mais des tests de religion. Toutes les religions sont admises à naturalisation : hindouisme, bouddhisme, christianisme... sauf une : l'Islam.

Ce qui n'a pas manqué de déchaîner l'opposition. Après tout, l'Inde est un des rares pays dont la constitution est fondée sur une forme de laïcité. Les pères fondateurs de l'Inde, Gandhi et Nehru en tête, ont tenu à graver dans le marbre l'égalité de tous devant la loi.

Le BJP est largement majoritaire au Parlement

Oui, et même assez rapidement d'ailleurs : le BJP et ses alliés disposent à la Lok Sabha, l'équivalent indien de la Chambre des députés, d'une très large majorité et ce depuis les dernières élections générales d'avril à mai 2019.

La loi devrait donc passer comme une lettre à la poste, y compris dans la 2nde chambre du parlement, le Sénat si vous voulez, où le BJP, toujours ce parti nationaliste, dispose aussi de la majorité. Le problème se posera peut-être devant la Cour suprême :

Le caractère inconstitutionnel de cette loi semble tellement évident qu'on imagine mal comment la Cour sensée la protéger pourrait la valider. Mais on ne sait jamais ! Parce que toute cette affaire intervient dans un contexte très particulier.

Les Musulmans indiens visés par des discriminations 

Bien sûr ! Mais c'est presque plus grave encore, parce qu'il s'agit là d'institutionnalisation de la discrimination envers une communauté certes minoritaires mais qui compte tout de même 200 millions de personnes. Ce qui fait de l'Inde le 3e pays musulman au monde.

Lorsqu'on a demandé à Narendra Modi s'il voulait faire de l'Inde un pays exclusivement hindouiste, il a répondu : « mais l'Inde a toujours été une nation hindouiste, même les Musulmans sont en fait des hindouistes ».

C'est près de 1000 ans de présence de l'Islam en Inde effacé d'une seule phrase et avec un sourire en plus. Mais ça ne s'arrête pas là. Je vais vous donner un autre exemple : le Indiens ont leur débat sur le voile inslamique avec celui sur le « triple talaq »...

L'exemple par le "triple talaq" ou le divorce instantané 

Le « triple talaq » est une coutume musulmane particulièrement controversée, y compris chez les musulmans indiens. Ça consiste pour un homme a pouvoir répudier son épouse en prononçant trois fois devant témoin de mot « talaq », c'est-à-dire « divorce ».

C'est une pratique détestable que la Cour suprême indienne a justement condamné. L'Etat indien a donc dû légiférer. Mais au lieu d'une loi simple disant que les divorces sous « triple talaq » sont illégaux, le parti de Modi a choisi d'en criminaliser l'usage.

C'est-à-dire d'ajouter des peines d'amendes et de prisons à l'illégalité de cette forme de divorce. Ça signifie criminaliser des Musulmans. Or cette loi sur la naturalisation est une encore façon de désigner l'étranger comme étant musulman. De les exclure d'avantage.

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