Que vient faire l'ex Premier ministre espagnol José Luis Zapatero à Caracas ? De la diplomatie parallèle, certes, mais est-ce vraiment utile ?

On part au Vénézuéla ce matin où ce week-end est arrivé un hôte de marque : José Luis Rodríguez Zapatero. On se souvient de lui : il a gouverné l'Espagne de 2004 à 2011 et les Espagnols lui doivent, entre autre, une loi exemplaire sur les violences faites aux femmes et le mariage gay en 2005, bien avant la France.

Que diable M. Zapatero va-t-il faire dans cette galère vénézuélienne ? Il faut savoir que le Vénézuéla fait l'objet de sanctions internationales rudes et que beaucoup de pays européens ont reconnu Juan Guaido, le président concurrent de Nicolás Maduro.

Donc la visite d'un ancien Premier ministre espagnol qui, en plus, s'est aussitôt rendu au palais présidentiel de Miraflores pour rencontrer Maduro, en contradiction avec un certain consensus européen qui voudrait ostraciser Caracas, fait un peu désordre.

Zapatero, 38 voyages à Caracas au compteur

Non, M. Zapatero est même un grand habitué des entreprises diverses et variées de médiation entre l'opposition et le régime de Caracas : le quotidien espagnol El País a même fait le compte : entre 2016 et aujourd'hui, il s'y est rendu un total de 38 fois !

Pour ne rien obtenir : jamais aucune négociation, même les dernières en Norvège en 2019, n'ont abouti à quoi que ce soit. En cela, le Vénézuéla applique une méthode très efficace qu'ils ont chipé, entre autres, à Israël  : négocier, toujours, n'aboutir, jamais !

En plus, le régime de Caracas peut se le permettre en ce moment : la situation économique, dans la capitale, s'est un peu améliorée et surtout, l'opposition n'a pas gagné son pari d'isoler et de renverser Nicolás Maduro.

Des médiations qui toutes ont échoué

La diplomatie doit sans cesse sur le métier remettre son ouvrage. Surtout lorsqu'on est pas seul à jouer les tisserandes. A Caracas, s'opposent deux camps : celui de Juan Guaido, soutenu par les Etats-Unis et celui de Maduro, soutenu par La Havane et Moscou.

Or il n'est pas stupide que l'Europe s'entremette entre ces deux camps et que ce soit l'Espagne qui s'y colle. Non pas parce qu'elle est l'ancienne puissance coloniale – c'est plutôt un moins – mais parce qu'à Madrid, les Vénézuéliens ont des relais.

Des relais politiques pour commencer : depuis quelques semaines, l'Espagne est gouvernée par une coalition de gauche qui inclut Unidas Podemos, l'équivalent de nos Insoumis. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils ne sont pas hostiles à Nicolás Maduro.

Prendre date et attendre son heure

Pour le moment, absolument aucune de ces médiations n'a fonctionné ! Mais ce n'est pas le but. Le but est de prendre date, de donner un peu d'air à Caracas, de lui expliquer qu'il a des alliés désintéressés à Madrid et d'attendre la prochaine crise pour récolter ce que M. Zapatero aura semé.

La prochaine crise, au Vénézuéla, ça peut-être un soulèvement militaire, des manifestations massives, un opposant de trop envoyé en prison ou tué. Il sera temps à ce moment-là de rappeler les 38 voyages de M. Zapatero au Vénézuéla.

Patience et componction sont les deux mamelles de la diplomatie sud-américaine non pas de l'Europe, ni même de l'Espagne, puisque M. Zapatero n'a rien d'un émissaire officiel, mais des missi-dominici ou des éminences grises venues d'Europe.

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