Pablo Hasel, un rappeur de 32 ans, attend d'être incarcéré incessamment alors qu'un autre rappeur, Valtónyc, est en fuite en Belgique. Leur point commun : avoir insulté l'ex-roi d'Espagne Juan Carlos.

Valtonyc en novembre 2019 à Bruxelles
Valtonyc en novembre 2019 à Bruxelles © Getty / Kenzo TRIBOUILLARD

En Espagne, on ne parle que de ce rappeur qui va bientôt dormir en prison. Il s’appelle Pablo Hasél, il a 32 ans et c’est un habitué des tribunaux. Non pas par ce qu’il fait, il est parfaitement inoffensif, bien par ce qu’il dit et ce qu’il chante. Ses raps sont engagés, résolument républicains et antimonarchiques et ses paroles très crues.

Or il a été condamné en mai dernier pour apologie du terrorisme – pour avoir soutenu plus ou moins explicitement le leader d’un groupe terroriste indépendantiste catalan des années 70 et 80 ; un groupe depuis longtemps dissous et oublié.

Mais surtout pour « injures envers la couronne et les institutions de sécurité de l’État ». 

En clair, insultes envers l’ex-roi Juan Carlos et l’armée espagnole. Une peine de neuf mois de prison ferme qui a été confirmée fin janvier : il doit être incarcéré vendredi.

Dans un clip, la rappeur s'en prenait bille en tête à l'ex-roi d'Espagne. Il y a d’abord le titre de ce rap : « Juan Carlos el bobón » qui signifie Juan Carlos le crétin. Quant aux paroles… elles situent l’ex-roi dans des bordels, le traite de canaille, de mafioso… il y va fort Pablo Hasél !

Je rappelle, pour info, qu’il parle du même Juan Carlos 1er, roi d’Espagne pendant presque 40 ans, qui est en fuite aux Émirats arabes unis et menacé par plusieurs procédures de corruption, prévarication et évasion fiscale.

Mais surtout, avant Pablo Hasél il y a un autre rappeur, Valtónyc, condamné à trois ans et demi de prison ferme en 2018 pour avoir lui aussi traité dans une chanson Juan Carlos de voleur. Il est aujourd’hui réfugié en Belgique pour échapper à l’incarcération.

L'Espagne, pays au monde où l'on enferme et met en examen le plus d'artistes

L’ONG Freemuse - qui recense dans le monde les artistes emprisonnés - a publié un rapport en novembre dernier qui place l’Espagne en tête des pays qui, en 2019, ont le plus incarcéré ou mis en examen des artistes : quatorze en tout.

C’est plus que l’Iran, n°2, avec 13 artistes ! Cette situation est si ubuesque, que plus de 200 personnalités de la culture espagnole ont publié lundi une pétition de soutien à Pablo Hasél, dont Pedro Almodóvar, Joan Manuel Serrat ou Javier Bardem.

La bonne nouvelle, c’est que le gouvernement de Madrid a promis, hier, un peu à la va-vite, de modifier la loi pour éviter la prison ferme à des artistes qui simplement exprimeraient leurs opinions dans des textes ou des chansons. 

Mais le rappeur Pablo Hasél, lui, attendra qu’une escorte policière vienne le chercher vendredi pour le conduire en prison. Alors même que celui qu’il a insulté, à savoir l’ex-roi Juan Carlos 1er, attendra à Dubaï qu’on vienne le servir en gants blancs.

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