Les tribus indiennes d’Amérique ont signé autrefois des traités avec l’État fédéral échangeant terres contre service public. Autrement dit, c’est l’État qui paie pour leurs soins et leurs écoles… sauf en cas de "shutdown" où l’argent cesse de payer les profs et les soins.

Un manifestant tient une pancarte en forme de bâtiment du Capitole américain alors que des employés fédéraux licenciés et des élus locaux organisent un rassemblement de protestation devant Independence Hall le 8 janvier 2019 à Philadelphie
Un manifestant tient une pancarte en forme de bâtiment du Capitole américain alors que des employés fédéraux licenciés et des élus locaux organisent un rassemblement de protestation devant Independence Hall le 8 janvier 2019 à Philadelphie © AFP / Mark Makela / Getty Images North America

Lorsque le président des États-Unis et le Congrès ne sont pas d’accord sur un point qu’ils estiment indispensable l’un comme l’autre, il est possible de demander la fermeture des administrations « non essentielles » à la sécurité nationale. Des centaines de milliers de fonctionnaires se retrouvent mis à pied – parfois sans traitements – et des administrations sont fermées : musées, jardins, agences fédérales diverses…

Pourquoi toujours aux alentours du 1er de l’an ?

A cause d’une particularité très américaine : il y a tous les ans un problème de jointure. Les administrations  reçoivent des fonds pour l’année civile (c’est-à-dire jusqu’au 31décembre) alors que l’année comptable, elle, court jusqu’en mars ; Il faut donc voter tous les ans une rallonge pour faire cette jointure.

Et quand le Président ou le Congrès n’est pas content, il peut refuser de voter la loi (de jointure) ou de la ratifier. Dans les deux cas : pas de lois, pas de chocolat. Les services doivent fermer.

Que viennent faire les Indiens d’Amérique dans cette galère trumpienne ?

Aux XIXème et XXème siècles, diverses tribus amérindiennes ont signé des traités (très inégaux) mais qui ont encore aujourd’hui force de loi avec l’Etat fédéral. Des traités qui prévoyaient l’échange de dizaines de milliers d’hectares de terres, contre des services assurés par l’état fédéral. Des services comme l’école, les hôpitaux, l’état des routes, les administrations… en tout 1,9 millions d’indiens d’Amérique sont pris en charge par l’Etat américain.

Les Chippewa

L’administration des Affaires indiennes au sein du ministère de l’Intérieur des USA fait partie de celles qui sont jugées non essentielles à la sécurité nationale. Ce qui signifie des millions de dollars qui n’arrivent plus jusqu’à ces réserves indiennes. C’est le New York Times, dans un magnifique reportage, qui a mené l’enquête.

Pour les Indiens Chippewa du Michigan par exemple, cela signifie qu’il manque 100 000 dollars par jour pour maintenir les centres de santé de la communauté.

Alors ce n’est pas la première fois que les politiciens de Washington s’adonnent à ce genre d’exercice comptable de « je te tiens, tu me tiens par la barbichette », du coup les Chippewa ont mis quelques sous de côté. Mais il ne faudrait pas que ça dure trop. 

Les Navajos

Leur réserve s’étend sur trois états : Arizona, Nouveau Mexique et Utah. Il se trouve qu’un manteau neigeux très dense a déjà recouvert cette réserve indienne. Or les routes qui traversent cette réserve sont entretenues – je vous le donne en mille – par l’Etat fédéral . Pas d’argent, donc pas de déneigeuse (pas de déneigeurs). Des milliers d’Indiens sont piégés littéralement à leur domicile. 

Donc ce shutdown qui porte sur un mur frontalier, visant à empêcher les migrants de passer la frontière, empêche surtout des Américains, des Amérindiens, de sortir de chez eux. On est dans l’absurde.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.