La grotte Guattari dans le sud de Rome a révélé neuf squelettes néandertaliens : un ensemble exceptionnel. D'autant que des reliefs de repas complets ont été aussi mis à jour.

Fossiles retrouvés dans la grotte Guattari en Italie
Fossiles retrouvés dans la grotte Guattari en Italie © AFP / Handout / ITALIAN MINISTRY OF CULTURE / AFP

Ce matin, direction San Felice Circeo, au bord de la Méditerranée. J’ai vérifié : il fait un grand soleil ce matin et une vingtaine de degrés. Qu’allons-nous faire dans cette petite ville bénie des Dieux qui porte le nom même du bonheur ? Nous allons au fond d’une grotte.

Mais pas n’importe quelle grotte : la grotte de Guattari ! Depuis ce week-end, c’est même devenu LA grotte où être ! Le ministre italien de la culture, Dario Franceschini parle même "d’un des sites les plus importants au monde pour l’histoire de l’humanité".

On vient en effet d’y découvrir d’un coup non pas un, ni même deux ou trois, mais neuf squelettes de Néandertaliens ! Sept hommes, une femme et un petit garçon. Tous âgés de 50 à 68 000 ans ; sauf un qui a été daté de 90 à 100 000 ans.

L'histoire rocambolesque d'un site exceptionnel

D’abord la grotte a été découverte il y a plus de 80 ans, en 1939, alors qu’on faisait des travaux autour d’un hôtel qui appartenait à un certain Guattari. D’où le nom de grotte Guattari. On y avait découvert à l’époque un crâne complet de Néandertalien.

Ce qui avait suffi à la renommée de ce coin d’Italie : l’hôtel avait été rebaptisé l’Hôtel Néandertal. Puis, plus rien : la grotte a été oubliée, l’hôtel a périclité et il est même aujourd’hui à vendre. Plus rien jusque fin 2019 où une nouvelle fouille est décidée.

Bingo ! Neuf squelettes complets mais en plus, tout pour des dizaines d’années d’études passionnantes : des milliers d’os d’animaux partiellement carbonisés, présentant des traces de découpes. En clair : des Néandertaliens et le restau qui va avec.

Des Néandertaliens et des (grosses) hyènes

C’est le plus passionnant de cette histoire. Lorsqu’en 1939, on a trouvé le 1er crâne, on a remarqué qu’il portait un gros trou dans la tempe. Les archéologues de l’époque se sont mis à fantasmer à partir de l’idée que Néandertal était une brute épaisse.

Leur conclusion ? Cannibalisme : ce crâne avait été évidé et son cerveau mangé comme un ris-de-veau. Sauf que nos archéologues d’aujourd’hui ont trouvé d’autre crânes percés de la même façon dans la grotte et leurs conclusions sont tout à fait différentes.

Ces traces sont typiques de blessures de hyènes. Pas nos petites hyènes d’aujourd’hui, qui sont déjà assez effrayantes. D’énormes hyènes de l’âge de pierre. L’hypothèse est donc que certains de ces neuf individus ont servi de repas à des hyènes.

Une grotte exceptionnelle qu'on pourrait bientôt visiter

Le ministère italien de la Culture l’espère et demande d’ailleurs l’aide de l’Europe pour mettre en valeur et protéger le site. Il faut savoir que, comme souvent en archéologie, on a eu beaucoup de chance.

D’une part, ce site a été scellé dès la préhistoire par un éboulement et, d’autre part, son oubli après la découverte de 1939 a préservé son intégrité. Ce qui signifie qu’il peut être aujourd’hui étudié dans les règles de l’art. Alors, on y va au fond de la grotte ?

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