En France c'est impossible, mais aux Etats-Unis un musée peut vendre des oeuvres pour boucler ses fins de mois. Aujourd'hui, c'est le précieux Met qui s'y met. Récit.

Entrée du Metropolitan Museum of Art (dit "Met") à New York
Entrée du Metropolitan Museum of Art (dit "Met") à New York © AFP / SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Je vous emmène au Metropolitan museum of art, le Met, à New York ! Un des musées les plus importants au monde, 6,5 millions de visiteurs annuels ! Seulement l’épidémie de Covid19 est passée par là, asséchant les touristes et leurs dépenses en produits dérivés.

Résultat : un trou de 150 millions de dollars en un an. Le Met a bien tenté de faire appel à ses généreux mécènes mais n’a récolté qu’un petit 25 millions de dollars. La solution est donc toute trouvée : vendre des œuvres d’art pour combler l’énorme déficit.

Vendre une partie de ses collections pour un musée public ! C’est possible aux États-Unis

Ça s’est même toujours fait et ça porte même un nom : l’aliénation des collections. Sauf que, d’ordinaire, on vend une œuvre ou plusieurs œuvres mineures pour acheter avec l’argent un tableau, une pièce majeure qui enrichit les collections.

Le tout est surveillé, contrôlé par une sorte de Conseil de l’ordre des musées qui s’appelle l’Association of Art Museum directors, l’AAMD. Or justement, l’AAMD a assoupli en juin 2020, c’est-à-dire dès le début de la pandémie, ces règles très strictes.

Pendant une période de deux ans, jusqu’en juin 2022 donc, les musées américains pourront vendre des œuvres, les aliéner pour payer les factures, les salaires, bref, passer cette période de vaches maigres. C’est exactement ce qu’a décidé de faire le Met.

Un Corot pour 125 000 dollars

Depuis le 1er mars, il est demandé aux conservateurs du Met d’identifier les pièces vendables selon trois critères : 

  • ce que le musée possède en double ; 
  • les œuvres dont l’intérêt est moindre 
  • et enfin, les pièces que l’on ne montre que rarement voire jamais.

On peut même se faire une idée plus précise, parce que le Met n’est pas le premier musée à sauter sur l’occasion pour se refaire une santé. Une dizaine de musées étas-uniens ont pris les devants, depuis l’Indianapolis museum of art jusqu’au Brooklyn museum.

Le musée de Brooklyn, par exemple, a vendu pour 31 millions de dollars d’œuvres, dont un petit Corot pour 125 000 $ mais aussi un Lucas Cranach, un maître de la renaissance, et un magnifique Courbet. Donc, des tableaux de maître très prisés !

Pétitions, mobilisations, protestations

Lundi, une pétition signée par 25 000 personnes s’opposant à ces ventes a même été déposée au Met. Avec un argument très fort : pendant la pandémie, la fortune des milliardaires américains a cru de 40% ! C’est-à-dire de 1100 milliards de dollars !

Rien que la fortune personnelle de Mickael Bloomberg, ancien maire de New-York et passionné d’art, a augmenté de 7 milliards. Moins de 2,5% de cette croissance pourrait suffire à combler le déficit du Met ! Donc : à vos chèques messieurs les milliardaires !

Ces opposants obtiennent d’ailleurs parfois gain de cause. A l’automne, le Baltimore museum of art a voulu vendre "La Cène", une fresque majeure de Warhol. Devant le scandale, le musée a dû retirer le tableau quelques minutes avant les enchères.