Samedi, les Etats-Unis se donnaient un nouveau président. Dimanche, un ministre estonien traitait Joe Biden "d'escroc" à la télévision. Lundi, il était limogé. D'autres en Europe comptent leurs abattis.

Mart Helme, président du parti conservateur en Estonie
Mart Helme, président du parti conservateur en Estonie © AFP / RAIGO PAJULA

L’élection de Joe Biden a déjà fait une première victime politique en Europe. Comment dire ? "Estonia : 12 points ; Estonie : 12 points". Les 12 points, c’est pour la démission expresse la plus stupide et la plus méritée d’Europe. Le démissionné s’appelle Mart Helme, il était jusqu’à hier ministre de l’Intérieur de ce petit État balte.

Invité dimanche à une émission de télévision, ce politicien d’extrême-droite, volontiers gouailleur, s’est dépassé en déclarant que l’élection présidentielle américaine était frauduleuse et que Joe Biden et son fils, Hunter Biden, étaient des "escrocs".

C’est ballot : l’Estonie a une frontière avec la Russie et voit comme une assurance-vie son appartenance à l’OTAN et son alliance "indéfectible" avec les États-Unis. Donc limogeage express pour le braillard, dont le parti est arrivé 3e aux dernières élections.

Viktor Orban devra ravaler son enthousiasme trumpien

Certains, par contre, doivent commencer à compter leurs abattis. Je pense notamment au Hongrois Viktor Orbán : Il a clairement souhaité une victoire de Trump mais il s’est en plus expliqué :

"Pour ceux qui pensent que l’Europe doit ressembler à un État centralisé, Trump n’est la meilleure solution. Mais pour ceux qui voit dans l’Union européenne une simple communauté d’États associés, Trump est de loin le meilleur".

Mais bon, la Hongrie est une broutille géopolitique pour les États-Unis qui en plus n’ont pas de troupes sur place. Viktor Orbán sera, disons, "persona minus grata" à la Maison-Blanche. Mais il y a au moins un autre pays qui a beaucoup plus à perdre.

La Pologne a beaucoup misé sur le Donald... et perdu !

Bingo ! La Pologne, c’est, certes, un peu moins de 40 millions d’habitants mais c’est surtout un pays qui a beaucoup de choses à réclamer aux États-Unis. A commencer par le Graal pour Varsovie : une base militaire américaine permanente sur son sol.

Pour l’obtenir, le gouvernement conservateur et populiste a tout misé sur Donald Trump et exaucé tous ses désirs : achats d’armements américains, articles flagorneurs dans la presse contrôlée par le PIS et absence totale de contacts avec l’équipe de Joe Biden.

En échange, Trump a vaguement promis cette fameuse base permanente, mais rien n’est venu. Pour prix d’une telle compromission, la Pologne n’a obtenu qu’une chose concrète : depuis 2019, les Polonais peuvent entrer aux États-Unis sans visa. Pas cher !

Boris Johnson et son Brexit perdant 

Boris Johnson risque vraiment d’être le dindon de la farce. Depuis des mois, en même temps qu’il tente de négocier un "deal" avec l’Union européenne, il a une équipe aux États-Unis pour signer un accord de libre-échange. Trump avait expliqué qu’il était prêt à signer.

Pour Joe Biden, par contre, pas question que les États-Unis signent quoi que ce soit avec la Grande-Bretagne si l’accord de Brexit avec l’Union européenne réintroduisait une frontière en Irlande. Or un "no deal", ça signifie cela : une frontière en Irlande !

En clair, Boris Johnson se retrouve privé de son petit sac de menaces à l’attention de l’UE. Pour le moment, il invoque la "relation spéciale" indéfectible entre les deux pays. Mais c’est du bavardage : les ennuis de BoJo ne font que commencer.

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