Une enquête du New York Times dévoile la stratégie d'influence russe aux États-Unis où des oligarques proches du Kremlin financent nombre d'institutions culturelles. Une manne gênante depuis l'imposition de sanctions sur certains de ces généreux mécènes par Washington après l'annexion de la Crimée.

Marche anti-Trump à New-York, en juin 2017.
Marche anti-Trump à New-York, en juin 2017. © AFP / EDUARDO MUNOZ ALVAREZ / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AF

Aux États-Unis, on voit la main des russes un peu partout. Et pas toujours à tort. Pas besoin de revenir sur l’ingérence de Moscou dans l’élection de Donald Trump ni de remonter jusqu’à la guerre froide, mais c’est un fait : l’inconscient collectif américain se méfie des russes. Et plus encore depuis que Vladimir Poutine préside aux destinées de ce pays dont il voudrait voir rejaillir la splendeur passée. Mais si les Américains se méfient des Russes, ils se méfient parfois moins de leur argent. C’est ainsi que ces vingt dernières années, des mécènes russes ont progressivement investi le secteur de l’art et de la culture américains, comme l’explique une enquête du New York Times. 

Aux États-Unis, pas de ministère de la Culture. La plupart des institutions culturelles du pays vivent de la générosité de bienfaiteurs qui sont en contrepartie exemptés d’impôts.

C’est dans ce contexte que de richissimes oligarques ont commencé à faire des dons conséquents à des musées et des centres culturels, le Lincoln Center, le Metropolitan, le Carnegie Halll ou à financer les tournées américaines d’artistes, comme la troupe du Bolshoi. 

Une diplomatie d’influence somme toute classique, le fameux softpower que pratiquent d’ailleurs aussi bien les Russes, les Américains que les Français. Une diplomatie culturelle qui permet – l’air de rien – de tisser des liens avec des diplomates, des hommes d’affaires, des hommes politiques, des élus.  On les invite à des premières, à des inaugurations.

Le problème, c’est que depuis les relations entre Washington et Moscou se sont tendues. L’annexion de la Crimée et plus généralement le conflit en Ukraine ont conduit le département du Trésor américain à imposer des sanctions, comme le gel des avoirs financiers ou des interdictions de voyager à nombre de personnalités proches du Kremlin.

On comprend donc l’embarras dans lequel se retrouve ces grandes institutions culturelles lorsqu’elles doivent se justifier désormais la présence parmi leurs bienfaiteurs ou les membres de leur conseil d’administration des milliardaires russes sous le coup de sanctions.

Certains préfèrent rendre l’argent. D’autres tentent de dire qu’ils ignoraient que telle ou telle compagnie se cachait en fait derrière tel mécène. Certains élus doivent s’expliquer après avoir accepté des invitations de relations devenues sulfureuses. 

Le softpower est peut-être finalement une arme plus redoutable qu’on le croit. 

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