Depuis plus de 40 ans, les Grands-mères de la place de mai recherchent les quelques 500 enfants enlevés par la dictature argentine aux prisonnières politiques. Hier, la "petite-fille" n° 129 a été identifiée.

Manifestation des 'Mères de la place de Mai' pour les disparus de la dictature le 9 mai 1985 en Argentine.
Manifestation des 'Mères de la place de Mai' pour les disparus de la dictature le 9 mai 1985 en Argentine. © Getty / Rafael WOLLMANN/Gamma-Rapho

Direction l'Argentine, où l'on a retrouvé un des « enfants perdus » de la dictature. Evidemment, ça demande quelques explications : la dictature militaire argentine a été a la fois brève – elle a duré de 1976 à 1983 – mais particulièrement brutale. De 22 000 à 30 000 « disparus », plus de 15 000 exécutions, plus de 9 000 prisonniers politiques.

Mais aussi, environ 500 enfants volés. C'est-à-dire des nouveaux-nés de prisonnières politiques, enceintes au moment de leur interpellation, à qui l'on a retiré les enfants pour les confier à des militaires ou à des affidés du régime. Le tout dans le secret.

Depuis plus de 40 ans, les mères d'abord, puis les grand-mères dites « de la place de mai » se battent, d'une part, pour qu'on oublie pas ces disparus, et, d'autre part, pour que ces enfants volés retrouvent leur vraie famille et renouent avec leur histoire.

La "petite fille" n° 129 retrouvée

C'est l'endroit à Buenos Aires où elles venaient manifester pour obtenir l'ouverture des dossiers militaires et la condamnation des bourreaux. Mais le tâche la plus difficile est, bien évidemment de retrouver la trace de ces enfants volés depuis plus de 40 ans.

Jusqu'à présent, 128 – sur environ 500 - ont été retrouvé. Avec une accélération ces dernières années grâce à une banque de donnée génétique qui permet, grâce à un simple test, de comparer l'ADN des potentiels enfants avec ceux de leurs parents.

Or, hier, l'Association des grands-mères de la place de mai a eu la joie d'annoncer que l'on avait retrouvé la « petite-fille n° 129 ». Il s'agit de la fille d'une militante politique, Norma Sintora, arrêtée en 1977 alors qu'elle était enceinte de 8 mois.

Une identification sur plusieurs années

Depuis 2012, à force de recherches, les grands-mères de la place de mai avait un soupçon. Elles ont donc contacté cette femme qui a aujourd'hui 42 ans et vit en Espagne, pour lui proposer de passer le test ADN. Pendant des années, elle a refusé.

Puis finalement, elle est venu en Argentine début avril, s'est présentée à la justice, a passé le fameux test qui s'est révélé positif. Beaucoup d'enfants volés résistent ainsi longtemps avant de passer ce fameux test, tant leur vie en est bouleversée.

C'est d'autant plus vrai pour cette femme que son père et son frère sont encore en vie  Son père qui n'a jamais cessé de la chercher et qui, coïncidence incroyable, vivait lui aussi en Espagne. Il a donné hier une conférence de presse où il expliquait son émotion : "après 42 ans de recherche, la retrouver est un sentiment difficile à exprimer, à expliquer et surtout à rationaliser. Je vais faire en sorte qu'elle surmonte ce coup de massue de la façon la plus tranquille possible"

Pour l'Argentine, ces réunions de famille sont extrêmement importante. Parce le traumatisme est encore très présent. Il n'y pas une élection qui ne repose la question de ces enfants volés. Or il y aura des élections présidentielle et législatives en octobre prochain. Et la question de l'héritage de la dictature en sera encore le cœur.

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