Depuis quelques jours, nous sommes entrés dans l'année lunaire du cochon. Une bonne occasion pour certains internautes chinois de déverser leur haine de l'Islam sur les réseaux sociaux. Dans un contexte de répression de l'Islam dans l'ouest du pays.

Photo prise à Shangai au jardin Yu Yuan
Photo prise à Shangai au jardin Yu Yuan © AFP / nc

C'est l'année du cochon en Chine, une année qui promet d'être compliquée pour les musulmans chinois. Ils sont environ 25 millions en Chine. C'est-à-dire une infime minorité parmi les 1 milliard 300 millions de Chinois. Ils sont encore concentrés dans la région dite « autonome », ce qui signifie strictement contrôlée, du Xinjiang dans l'Ouest du pays.

C'est même pire que strictement contrôlé : un million de Ouïgours seraient passés par ou sont encore enfermés dans des « camps de réhabilitation » où l'on exige qu'ils récitent des slogans marxistes pour mieux relativiser l'Islam.

En clair, c'est une immense campagne de désislamisation qui est à l'oeuvre et qui s'ajoute au contrôle policier et militaire et à l'immigration massive de Chinois vers ces régions. Par exemple, dans la capitale Urumqi, les Ouïgours sont désormais minoritaires.

Quel rapport entre année du cochon » et Islam chinois ?

A priori aucun, le cochon dont il est question est un signe astrologique, et les musulmans sont parfaitement capables, comme tout le monde, de faire la différence entre un symbole et un animal, par ailleurs « impur » à consommer selon l'Islam.

Sauf que des militants anti-islamiques chinois, qui se retrouvent essentiellement sur les réseaux sociaux, Weibo en tête – l'équivalent de Twitter, ont décidé de se faire les gardiens sourcilleux de la culture chinoise et donc du fameux cochon lunaire.

Leur année a bien commencé d'ailleurs puisque le Quotidien du peuple – et ses trois millions d'exemplaires quotidiens – a publié un éditorial commençant par ces mots : « tuons le cochon et mangeons du porc ». Et pour ces militants, c'est une victoire.

Les Musulmans et la Longue Marche de Mao

Parce que des années durant, le Parti communiste a été trop complaisant avec l'Islam. Et ce pour des raisons historiques : pendant la Longue marche de Mao, au milieu des années 30, les musulmans ouïgours et autres ont aidé les troupes communistes.

Donc, malgré la méfiance des Communistes chinois vis-à-vis de toutes les religions révélées, et par soucis d'apaisement, il est vrai que pendant des décennies, on a veillé à ne pas froisser les susceptibilités religieuses.

C'était encore le cas en 1995, autre année du cochon, où lors du traditionnel gala télévisé du Nouvel an, on avait pris soin d'enlever les cochons trop visibles à l'antenne pour les remplacer par des symboles printaniers. Mais aujourd'hui c'est fini : retour du totem !

ALLER PLUS LOIN | Lire cet article du Monde de 2007 : Nouvel An chinois : Pékin interdit la représentation du cochon

Que s'est-il passé depuis ?

Il s'est passé le 11 septembre, la guerre d'Afghanistan, dont le Xinjiang est voisin, les émeutes récurrentes dans cette région, dont celle de 2009, et des attentats jusque dans le capitale Pékin. Il s'est aussi passé Xi Jinping, l'actuel président chinois.

Un président qui attise le nationalisme et la fierté Han – c'est-à-dire l'immense majorité des Chinois. Or le nationalisme, dans des sociétés où plusieurs cultures cohabitent, ça revient à assurer la dictature culturelle et politique de la majorité sur les minorités.

Comment disait François Mitterrand déjà ? « Le nationalisme c'est la guerre », j'ajouterais voire... la guerre civile. Bonne année du cochon !

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