Quand le Pakistan se protège du coronavirus à sa façon et refuse de rapatrier ses ressortissants de Wuhan

Pourquoi le Pakistan refuse-t-il de rapatrier de Chine ses compatriotes ?
Pourquoi le Pakistan refuse-t-il de rapatrier de Chine ses compatriotes ? © AFP / Aamir QURESHI

Vous savez tous que la ville de Wuhan est l'épicentre d'une épidémie à coronavirus qui a d'abord entraîné deux conséquences : la mise en quarantaine de toute la région – plus de 50 millions d'habitants – et le rapatriement de milliers d'étrangers installés en Chine. 

Tous les pays s'y sont mis : l'ensemble des pays de l'Union européenne, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l'Australie, le Japon bref, tous les pays riches, mais aussi des pays plus étonnants : le Maroc, la Turquie, le Kazakhstan, la Thaïlande...  Bref, on assiste à une fuite des ressortissants étrangers installés à Wuhan et dans sa région. 

Énormément de pays ont donc organisé ces retours express à domicile, sauf un : le Pakistan. Pas question de rapatrier les quelques 500 à 800 Pakistanais de Wuhan.  

Pour quelle raison ?  

En fait, il y a une excellente raison pour Islamabad de refuser de rapatrier ses ressortissants, contrairement, par exemple, à l'ennemi indien qui a fait revenir tous ceux qui le souhaitaient. Cette raison, c'est le système de santé pakistanais

C'est le ministre de la Santé pakistanais, Zafar Mirza, qui l'a expliqué : le système de santé pakistanais est trop faible pour affronter le retour – même en plusieurs fois – de tant de compatriotes potentiellement infectés par le coronarivus

Les hôpitaux publics pakistanais n'ont les moyens ni de soigner, ni même de mettre en quarantaine des centaines de personnes. Les Chinois, eux, oui. Autrement dit, pour le bien du pays et pour celui des Pakistanais de Wuhan, mieux vaut qu'ils restent sur place.  

C'est terrible comme décision...  

Oui mais la réalité, c'est que le Pakistan est, par exemple, un des foyers de l'épidémie mondiale de rougeole et aussi, l'un des derniers pays au monde où la polio sévit encore : 130 cas en 2019. Le système de santé pakistanais ne supporterait pas une épidémie.  

Voilà pour les bonnes raisons. 

Mais le Pakistan n'est pas à une contradiction près : pendant qu'au nom de la santé publique, on refusait le rapatriement des Pakistanais de Wuhan, on autorisait à nouveau les vols à destination et en provenance de Chine.  

Donc d'un côté 500 à 800 Pakistanais, dont beaucoup d'étudiants, sont coupés du monde en Chine et de l'autre, les vols entre les deux pays qui avaient été interrompus le 30 janvier, on repris dès le 2 février. Le 1er d'entre eux, avec l'ambassadeur de Chine.  

On ne comprend plus rien, quelle est la logique ?

Vous comprendrez mieux quand vous saurez qu'il y a en tout plus de 30 000 Pakistanais installés en Chine. La Chine, c'est l'allié stratégique majeur du Pakistan. Son principal fournisseur d'armes et son tout premier investisseur :  Pékin a, par exemple, construit un port commercial en eau profonde au sud du Pakistan, le port de Gwadar. 

Donc, lorsque les Chinois demandent au Pakistan de reprendre ses vols à destination et en provenance de Chine, le Pakistan résiste 3 jours, et s'exécute.  Ce que Chine veut, Dieu le veut.

Mise à jour le 14/02 : correction : j'avais écrit que le Cambodge avait interdit les masques. C'est une erreur. Je m'en excuse et ferai un correction à l'antenne dès lundi 17 février.

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