Mercredi 10 janvier, la presse polonaise - écrite, audio et télévisuelle - s'est tendue de noir pour protester contre une surtaxe sur la pub qui menace leur existence.

La presse polonaise s'est tendue de noir pour protester contre une surtaxe sur la pub qui menace son existence
La presse polonaise s'est tendue de noir pour protester contre une surtaxe sur la pub qui menace son existence © AFP / Wojtek RADWANSKI

Direction la Pologne ce matin, pour une grève de la presse assez spectaculaire : imaginez des dizaines de journaux partout dans le pays avec le même titre sur fond noir : « média sans choix ». C’était hier matin dans tous les points de vente de journaux. Mais pas seulement ! Des dizaines de radios et de chaines de télé sans programme.

Avec, pour les radios, le slogan suivant « mesdames et messieurs, vous n’écouterez aujourd’hui aucun programme normal » ; et pour les télés : écran noir et cette phrase « votre émission préférée devait être diffusée à cette heure ».

En tout 43 journaux et médias audio et télévisuels se sont mis d’accord pour cette action concertée dont les plus prestigieux du pays, à savoir les quotidiens Gazeta Wyborcza et Rzeczpopolita le tabloïd populaire Fakt et la chaine de télé privée TVN.

Une presse d'opposition dynamique

Tout bêtement parce que ce sont des médias d’opposition. En Pologne les médias d’État, radios et télé, ont été repris en main par le parti Loi et Justice, le PIS, au pouvoir depuis 2015. Mais il reste une presse indépendante et pugnace, parfois à capitaux étrangers.

Le gouvernement la déteste, bien sûr, et ça s’est vu lors de la présidentielle de 2020. Le PIS avait alors expliqué « qu’il faudrait surveiller les médias à capitaux étrangers » et le président élu Duda s’en était pris à Fakt, un quotidien du groupe allemand Springer.

La phrase était restée tristement célèbre, puisqu’elle mêlait menace et germanophobie : « est-ce à la presse allemande d’élire le président polonais ? ». Le moment de la vengeance est donc venu et il ne passe pas par la censure mais par une nouvelle taxe.

Une surtaxe habilement présentée

C’est très efficace et surtout très malin : dans une loi qui vise à lever des fonds pour mieux répondre à la crise due à la Covid19, le gouvernement a décidé – entre autres – de prélever une surtaxe sur les recettes publicitaires.

Et pour plus de confusion encore, l’argument gouvernemental est le suivant : puisque l’Europe est incapable de se mettre d’accord sur une taxe sur les géants de l’Internet, le gouvernement polonais prend les devants et impose sa propre taxe Gafam :

Autrement dit, derrière une taxe sur les géants étasuniens de l’Internet et des réseaux sociaux, le gouvernement polonais glisse des clauses qui frappent les groupes des presse étrangers et leurs filiales polonaises et les grands quotidiens indépendant d’opposition.

La Pologne, au 62e rang mondial de la liberté de la presse

Et ce n’est pas tout ! En décembre dernier, l’État polonais a racheté Polska Press et ses dizaines de quotidiens et d’hebdos. Comme l’avait fait, il y a quelques années, Viktor Orban à Budapest, pour mettre au pas la presse et de la télé hongroises.

Selon Reporter sans frontières, l’Etat hongrois contrôle, directement ou par le biais de groupes amis un demi-millier de médias. Quant à la Pologne, toujours selon RSF, elle est passée du 18ème au 62ème rang mondial pour la liberté de la presse. Un plongeon.