Le 30 décembre, Buenos Aires adoptait une des lois les plus libérales du sous-continent en matière d'avortement. Restait à régler le cas judiciaire de milliers de femmes : c'est fait !

L’Argentine a autorisé l’avortement fin décembre… où en est-on aujourd’hui ? La question se pose d’autant plus que des centaines de femmes argentines étaient encore l’objet de poursuites judiciaires et sous la menace de peines de prison pour avoir avorté ou simplement être soupçonnées de l’avoir fait.

La question a été tranchée : La loi votée le 30 décembre sera belle et bien rétroactive et les centaines de femmes, généralement très pauvres, verront leurs peines, procès et enquêtes annulés.

Des milliers de cas devant les tribunaux

Le ministère de la Santé argentin a tenté de recenser ces cas de femmes envoyés au tribunal ou déjà condamnées et a trouvé 1 532 affaires d’avortement couvertes par la loi. Sauf que beaucoup de provinces n’ont pas répondu, soit par lenteur bureaucratique, soit pour des raisons plus politiques.

Le gouvernement a donc décidé d’offrir le bénéfice de la nouvelle loi à toutes quelle que soient les circonstances de leur arrestation. Reste un autre problème que cette nouvelle loi devra résoudre : des années de prohibition ont laissé des traces sous la forme de violences obstétriques ou de refus de soin. Il faudra donc des années avant de parvenir à une prise en charge complète et sérieuse.

L’Argentine est pionnière en Amérique latine avec cette loi

L’Argentine a toujours été pionnière : elle dispose par exemple d’un système de santé publique et de retraite équivalent à ceux que l’on trouve en Europe. Quant à l’avortement, elle n’est pas le seul pays d’Amérique latine à le pratiquer désormais légalement.

Mais c’est celui où sa légalisation est la plus symbolique : avec 45 millions d’habitants, l’Argentine n’est pas le pays de langue espagnole le plus peuplé du sous-continent, c’est la Colombie, mais c’est celui du pape !

Elle devient donc une sorte d’exemple dans ce « Cône Sud » de l’Amérique latine où seuls 4 autres pays et territoires pratiquaient l’avortement : Cuba, l’Uruguay, le Guyana et… la Guyane française. Par contre, d’autres pays continuent de le réprimer violemment.

Des cas effrayants dans toute l'Amérique latine

D’une façon assez logique, on y trouve 4 des 5 pays les plus pauvres d’Amérique latine : La Salvador, le Honduras, le Nicaragua, la République dominicaine et Haïti. Au Salvador, par exemple, des dizaines de femmes sont actuellement en prison pour avoir avorté : 

Certaines ont écopé de trente années de prison pour meurtre. En 2012, en République dominicaine, le cas d’une adolescente de 16 ans morte de leucémie parce que les médecins ont retardé sa chimiothérapie pour préserver la vie du fœtus, qui a fait scandale.

Au Honduras, la police et la justice s’en sont pris aux volontaires d’une ligne téléphonique clandestine d’information sur l’avortement. Bref, le débat sur le droit pour les femmes à disposer de leur corps ne fait que commencer en Amérique latine.