Les célébrations du 75e anniversaire de la Victoire sur le nazisme, le 9 mai, devait être une apothéose pour le président russe. Un ennemi invisible, le Covid-19, en a décidé autrement.

Le 9 mai 2020, Poutine félicite la nation pour sa victoire sur la Seconde Guerre mondiale lors d'un discours en direct à la télévision. Moscou, mai 2020.
Le 9 mai 2020, Poutine félicite la nation pour sa victoire sur la Seconde Guerre mondiale lors d'un discours en direct à la télévision. Moscou, mai 2020. © AFP / Tom Grimbert / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Tristes commémorations des 75 ans de la Victoire contre le nazisme samedi dernier à Moscou. Ça devait être un triomphe pour Vladimir Poutine, avec parade sur la place rouges de milliers de soldats et d'armements dernier cri, il devait y avoir en invités d'honneur Emmanuel Macron et Xi Jinping : puissance et reconnaissance internationale ! Tout ce dont le président russe rêvait et qui devait venir parachever une "séquence politique" majeure avec modification de la Constitution et référendum en avril pour approuver la prolongation de son pouvoir personnel jusqu'en 2036 : Poutine for ever ! Il aura 84 ans en quittant le pouvoir !

Et en lieu et place, Vladimir Poutine était tout seul au milieu de l'immense Place rouge, avec un énorme bouquet de roses rouges déposé au pied du monument de la Victoire et, en plus, il pleuvait samedi sur Moscou. 

Tout cela à cause du coronavirus...

Le plus petit ennemi imaginable a mis à terre le formidable agenda du président russe ! À contre-coeur d'ailleurs : Vladimir Poutine a attendu jusqu'au dernier moment possible pour annuler son référendum et la parade du 9 mai.

A cause d'ailleurs de cette obsession cérémonielle, la Russie a pris du retard contre le Covid-19. La pandémie est arrivée trois semaines à un mois après le reste de l'Europe. Et pourtant, à Moscou, on manque de tout : gants, tests, masques, respirateurs.

Résultat : les soignants sont infectés et meurent à un rythme préoccupant ; la Russie est désormais le cinquième pays au monde par le nombre de cas détectés (environ 200 000) et pourtant, selon les autorités russes, il n'y aurait que 1068 morts de la pandémie.

Des chiffres peu crédibles

Pas plus les chiffres russes que les chinois ! Le principe est intangible : les dictatures mentent, les démocraties comptent mal. C'est si vrai que les Russes ont commencé à changer leur fusil d'épaule, devant l'incohérence de ces statistiques.

Ce week-end, ils ont publié la surmortalité moscovite pour le mois d'avril. C'est-à-dire la différence entre la moyenne des décès dans la capitale russe pour un mois d'avril normal, disons 2019 ou 2018 et celle d'avril dernier. Résultat : 2000 morts en plus.

En clair, la surmortalité de la seule ville de Moscou est deux fois supérieure au chiffre officiel du nombre de morts dû au Covid-19. Et l'épidémie touche les plus hautes sphères : trois ministres, dont le Premier ministre, Mikhaïl Michoustine, ont été testés positifs.

La Russie sortira plus tard du confinement...

Pas avant fin mai... Le tout dans un contexte économique particulièrement difficile. Et pour le coup, Vladimir Poutine ne peut s'en prendre qu'à lui-même. Dans un pays qui vit de la rente pétrolière et gazière, il a entamé avec l'Arabie saoudite une guerre des prix. Et ce, dès le 3 mars, alors que le coronavirus ne semblait être un problème que pour la Chine et ses voisins. Résultat : un prix du baril qui se traîne depuis 2 mois aux alentours de 30 $. Or pour équilibrer son budget, la Russie a besoin d'un baril à 50 $.

Rassurez-vous, la catastrophe n'est pas pour demain : la Russie a accumulé un trésor de guerre de quelques 500 milliards de dollars et elle est très peu endettée. Mais avec 140 millions d'habitants à servir et un budget militaire ruineux, l'argent file très vite.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.