Pendant quelques heures, le site du Kremlin a été perturbé… comme l'ensemble des sites gouvernementaux russes. Et ce ne sont pas les Américains qui sont en cause.

Le Kremlin à Moscou, un jour de neige
Le Kremlin à Moscou, un jour de neige © AFP / Yuri Kadobnov

Imaginez le site de l’Élysée : vous cliquez, vous tentez d’avoir l’agenda du président, de vous lire une vidéo du président Poutine et rien… rien ne marche. Ça ferait mauvais genre tout de même. C’est pourtant ce qu’il s’est passé hier avec le site du Kremlin.

Plus grave encore, la même mésaventure est arrivée, à la même heure, en plein après-midi, au site gouvernement.ru , c’est-à-dire le site dédié à l’action et aux services gouvernementaux. On a l’équivalent en France : ce sont les sites gouv.fr, qui permettent de payer ses impôts, de remplir des pré-plaintes ou de commander un certificat de naissance. Autrement dit, c’est toute la mécanique numérique gouvernementale russe qui est tombée en rade. Ça fait désordre.

Une cyberattaque d'origine étrangère ?

C’est tentant de le penser, d’autant que les Américains, pas plus tard que lundi se sont fendus d’un avertissement sans frais et plutôt menaçant à l’attention des hackers russes : attendez-vous dans les trois semaines à des représailles numériques sévères.

Les États-Unis se sont rendus compte fin décembre que la Russie a conduit des attaques informatiques à grande échelle contre des agences gouvernementales et des grandes entreprises américaines. Donc, une semaine plus tard, première démonstration de force.

Sauf que non, les Américains n’ont rien a voir avec la déconfiture informatique des sites officiels russes. 

En fait, c’est tout bêtement de la faute du régulateur russe des contenus numérique, cette administration s’appelle Roskomnadzor

Les Russes se font eux-mêmes du mal

Exactement ! Ils se sont pris les pieds dans la rallonge électrique et ont fini par l’avouer dans la soirée d’hier. 

Que s’est-il passé ? Dans l’après-midi Roskomnador annonçait des mesures contre la plateforme américaine Twitter : le régulateur a ordonné des sanctions numériques contre le réseau social. Aussitôt, tous les utilisateurs russes de Twitter ont pu constater un ralentissement de leurs échanges. Mais pour ce faire, Roskomnador a utilisé une technologie nouvelle et mal maîtrisée.

C’est cette technologie, appelée DPI pour Deep Packet Inspection, qui… disons… a échappé aux informaticiens officiels et affecté les sites gouvernementaux. Cette explication est d’autant plus vraisemblable que ce n’est pas la première fois que ça arrive…

La messagerie Telegram au banc d'essai de la censure

En 2018, le Kremlin avait voulu s’en prendre à la messagerie cryptée Telegram, utilisée par les opposants au régime de Poutine. Le même régulateur, Roskomnador donc, avait à l’époque tenté de fermer numériquement ce réseau social pourtant russe. 

Problème : des pans entiers de l’Internet russe ont été perturbés voire interrompus à cause de cette opération. Une vraie cyber-catastrophe qu’il a fallu à l’époque arrêter dans l’urgence. La différence, c’est que cette fois, le Kremlin n’a pas lâché l’affaire : Twitter, Google, Facebook, TikTok et Telegram doivent depuis mardi faire face à des poursuites judiciaires pour avoir "encouragé des manifs anti-gouvernementales". 

On manque peut-être de finesse côté hackers officiels russes, mais on ne plaisante plus.