Martín Vizcarra a remarquablement géré le Pérou et la pandémie de Covid19. Il a lutté contre la corruption. Il était très populaire. Trop pour des parlementaires qui ont réussi à s'en débarrasser. Récit :

Martín Vizcarra, ancien président destitué par le Parlement
Martín Vizcarra, ancien président destitué par le Parlement © Getty / Carlos Garcia Granthon/Fotoholica Press/LightRocket

Je sais que ça parait loin le Pérou et pourtant la destitution par le Congrès des députés du président Martín Vizcarra est particulièrement intéressante. Vu de loin, c’est une destitution pour soupçon de corruption de plus ! M. Vizcarra succédait à un président lui-même destitué pour corruption et tous les président élu au Pérou depuis 1985 – sauf un seul - ont fini devant les tribunaux, accusés de… je vous le donne en mille… corruption.

Donc a priori, encore une république bananière de politiques corrompus et de margoulins de présidents. Ça, c’est vu de loin. De plus près les choses se compliquent : le président Vizcarra avait justement fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille.

Un président par hasard

Dans son cas, c’était du sérieux. D’abord qui est ce Martín Vizcarra ? Il est l’élu obscur d’une province lointaine et montagneuse. Mais il est si peu accommodant et si ombrageux que, sitôt devenu vice-président en 2016, on s’empresse de l’éloigner :

Il devient ambassadeur de son pays au Canada, un poste ronflant et sans grande conséquence. Seulement voilà, le président de l’époque est accusé de corruption. Il est renversé et son vice-président en exil canadien prend le premier avion pour Lima.

Aussitôt arrivé, aussitôt intronisé. Et c’est là que les ennuis de la classe politique péruvienne commencent. M. Vizcarra entame une croisade obstinée contre la corruption qui dure depuis 2 ans et demi. Et en plus, il gère le pays avec compétence et sens de l’État !

Vengeance de la classe politique

Sa destitution est à la fois une vengeance et une affaire d’opportunité particulièrement sinistre, vous allez voir. D’abord, ce n’est pas la première tentative pour le déloger du palais présidentiel : les députés ont déjà essayé en septembre dernier de le destituer : ils se sont ridiculisés.

Cette fois-ci a donc été la bonne et à la surprise générale ! 105 députés sur 130 ont voté cette destitution express. Reste que c’est un calcul purement politique : les accusations contre ce président sont relayées par des patrons eux-mêmes accusés de corruption.

Surtout, c’est une manœuvre désespérée : le président Vizcarra est très populaire : en octobre dernier, 78% des Péruviens lui accordaient leur confiance. D’ailleurs, sitôt sa destitution connue, des manifs de soutien éclataient dans les rues de la capitale.

Une épidémie qui a dévasté le pays

D’abord : le Pérou est le 2e pays le plus affecté au monde par la pandémie de Covid19 avec plus de 1000 morts par million d’habitants, derrière la Belgique. Donc, la période n’est pas aux manifestations massives : on peut presque comploter tranquillement.

Ensuite, il y aura une présidentielle en avril 2021. Donc, se débarrasser maintenant d’un président populaire, c’est avoir quelques mois devant soi pour se préparer et un président intérimaire – comment dire – plus souple : à savoir le président du parlement.

Les députés espèrent ainsi faire oublier Vizcarra l’honnête homme et regagner en popularité. C’est un calcul misérable mais qui ressemble à cette élite sud-américaine de toujours dont le slogan pourrait être : « mourir, peut-être, rendre l’argent ; jamais ! »