Des militaires vénézuéliens qui complotent avec les Etats-Unis la chute du président Maduro : le scoop du New York Times montre surtout l'impréparation et la bêtise des "putschistes". Quant aux Etats-Unis, ils ont regardé ailleurs.

Nicolas Maduro, président du Venezuela
Nicolas Maduro, président du Venezuela © AFP / Juan BARRETO

Un scoop dans l'édition de samedi du grand quotidien new-yorkais, l'aristocratie de la presse mondiale, le New York Times : on y apprend que l'administration Trump a, par 3 fois, à l'été et à l'automne 2017 et même en janvier 2018, été en contact avec des militaires putschistes.

Des militaires vénézuéliens qui ont contacté les Américains via leur ambassade dans « un pays européen ». On pense à l'Espagne où des centaines d'opposants, mais aussi des millionnaires du chavisme en rupture de ban et donc revanchards, se sont exilés.

Un nid d'espions et de conspirateurs, en clair. Ce n'est même pas moi qui l'explique mais un autre article publié aussi ce week-end dans les pages du quotidien madrilène El País. Bref, tout ce petit monde se retrouve à l'ambassade des Etats-Unis et complote.

Les Etats-Unis ont-ils fomenté un coup d'Etat contre le président vénézuélien Maduro ?

Non, pas tout à fait. Ce que je veux dire c'est que les Etats-Unis ont été contacté, qu'ils ont envoyé un diplomate de haut rang dans ce pays européen pour, disent-ils, « écouter ce qu'avaient à proposer et à demander ces militaires vénézuéliens ».

A Washington, on explique qu'aucune suite n'a été donné à ces militaires entreprenants. La question est plutôt : faut-il croire Washington ? Surtout que le président Trump a expliqué dès l'été 2017 qu'une « option militaire » était envisageable au Vénézuéla.

Donald Trump s'est aussi plusieurs fois étonné auprès de ses conseillers que les Etats-Unis n'aient pas déjà, je cite, « envahi le Vénézuéla, puisqu'on ça s'était déjà fait dans le passé ». Il s'en est même ouvert à d'autres chefs d'Etat sud-américains médusés.

L'improbable complicité de Washington

Eh bien, figurez-vous que je n'y crois pas ! Et je vais vous raconter pourquoi. D'abord, aider des putschistes vénézuéliens à renverser leur président, Washington l'avait fait en 2002 contre Chávez, le prédécesseur de Maduro, et ça s'était très mal terminé.

Ensuite, les Américains peuvent être brutaux mais pas stupide. Le régime Maduro est un régime militaire dans un emballage socialisant. Toutes les clés du pouvoir économique sont entre les mains des militaires. Absolument toutes.

Donc quand des militaires vénézuéliens viennent proposer leurs services aux Américains, il s'agit soit de revanchards écartés par le régime, soit de galonnés jaloux d'autres galonnés. Rien de bien fiable. Dans ces cas-là, on écoute poliment et on éconduit.

Des militaires, des téléphones, et Machiavel

C'est justement ce qui a dû convaincre les Etats-Unis de ne surtout pas donner suite : ils voulaient des dizaines « téléphones militaires cryptés ». Or, à l'époque des smartphones et des applications cryptées gratuites, cette requête est totalement farfelue !

Elle montre que 1/ ces militaires n'avaient pas le début du commencement du sérieux nécessaire et que 2/ que l'armée vénézuélienne et, au mieux, une pétaudière, au pire, une boîte noire. Conclusion : courage, fuyons ! Et surtout, attendons :  

Le coup de grâce viendra de l'intérieur et pas de conspirateurs revanchards et enfiévrés. Pour une fois, les Etats-Unis ont appliqué à la lettre la maxime de Machiavel : « ne jamais écouter les exilés, ils sont toujours les plus mal ou les derniers informés ».

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