La semaine dernière, plusieurs centaines de migrants ont débarqué sur les plages de Lesbos. C'est le signe que le sultan d'Ankara a besoin d'argent frais.

Des centaines de migrants arrivent dans l'île grecque de Lesbos le 2 septembre 2019.
Des centaines de migrants arrivent dans l'île grecque de Lesbos le 2 septembre 2019. © AFP / Sakis MITROLIDIS

Notre histoire, ce matin, commence par une plage grecque. Une plage de l'île de Lesbos. Tout a coup, des dizaines de réfugiés, pour l'essentiel syriens, débarquent sur cette île qui, en 2015, avait été un des endroits les plus emblématique de la vague qui allait envoyer près d'un million de migrants en Europe.

Des dizaines, puis des centaines : en une journée plus de 600 personnes venues de la Turquie voisine sont prises en charge. Une scène qui s'est reproduite plusieurs fois au cours du mois d'août mais de façon moins importante que la semaine dernière.

Evidemment, aussitôt le gouvernement grec proteste auprès des autorités turques : impossible pour ces 600 migrants d'avoir pris la mer sans une « d'autorisation » ou un « laisser aller » turc. Surtout, les capitales européennes sont immédiatement alertées.

Un avertissement de la Turquie ?

Exactement ! D'autres pays pratiquent ce genre de « lâcher » de migrants : par exemple le Maroc lorsqu'il est « colère » contre l'Espagne : tout à coup, en quelques jours, des « pateras », ces esquifs remplis de migrants, s'échouent sur les côtes andalouses.

Une visite toute affaire cessante à Rabat d'un ministre espagnol de haut rang, un chèque et généralement tout s'arrange. La question est donc, que veut la Turquie qui, depuis un accord de 2016, a accepté de retenir les Syriens sur son sol contre 6 milliards d'euros ?

C'est très simple : la Turquie a l'impression d'avoir signé une sorte de marché de dupe : d'une part, elle accueille sur son territoire l'essentiel de la diaspora syrienne, plus de 3 millions de personnes, et d'autre, les Européens rechignent à payer leur dû.

Six milliards pour retenir les Syriens

Les Européens jurent que non ! Que cette somme de 6 milliards d'euros devait être entendue globalement et pas uniquement en cash. En clair, le sultan Erdogan est en train de négocier et pour ne pas donner l'impression de mendier, il a un plan.

Son idée est de relocaliser un million de réfugiés syrien en Syrie. Vous aurez remarqué le chiffre : un million, comme en 2015, histoire de bien paniquer Londres, Berlin, Rome ou Paris. Mais comment faire, selon ce plan, pour reconduire ces Syriens sans les sacrifier ? Parce que renvoyer des réfugiés en masse dans leur pays d'origine qui est encore en guerre, ça contrevient à toute les conventions internationales. Donc, il faut créer une zone tampon protégée par les Etats-Unis et administrée par les Kurdes syriens.

Angela Merkel tient prêt le chèque

Totalement : d'abord, les Etats-Unis n'ont aucune envie de s'impliquer de cette façon, ensuite les Kurdes syriens détestent les Turcs qui le leur rendent bien, enfin, le régime syrien a déjà prévenu que la création de cette zone tampon était un casus belli !

En fait, en Syrie, la Turquie a tout perdu et, en plus, elle supporte l'essentiel du fardeau des réfugiés syriens ! Si vous ajoutez à cela que la livre turque a perdu en un an un tiers de sa valeur, on comprend mieux l'impatience du sultan Erdogan.

D'ailleurs, qui croyez-vous a promis un voyage exprès à Ankara ? Angela Merkel ! Qui se rend toute affaire cessante en Turquie où elle compte parler commerce et part de marché. C'est-à-dire négocier le nombre de zéros sur le chèque.

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