Aujourd'hui, direction l'Argentine où une pétition circule pour sauver la Bibliothèque nationale...

Pas n'importe quelle Bibliothèque nationale : celle qu'a dirigé l'immense écrivain Luis Borges à partir de 1955 et pendant 18 ans. Un lieu qui lui a inspiré quelques-unes de ses nouvelles les plus célèbres : Le Livre de Sable ou encore La Bibliothèque de Babel.

Que se passe-t-il pour mobiliser l'intelligentsia mondiale ? Je n'exagère pas : dans les signataires de cette pétition en soutien à la Bibliothèque de Buenos Aires, on trouve le prix Nobel de littérature John Coetzee, Jacques Rancière, Toni Negri, Alain Badiou...

Plus d'une centaine de sommités de la littérature et de l'université. Cette mobilisation est même impressionnante. Tous ont en commun d'être de gauche, voire pour certains très à gauche, mais tous sont particulièrement respectés.

S'ils se mobilisent, c'est parce que le directeur de la bibliothèque, nommé par le nouveau gouvernement, a licencié 240 employés, c'est-à-dire un quart du personnel. En clair, pour les pétitionnaires, c'est la culture - et Borges - qu'on assassine.

Que les intellectuels se mobilisent pour sauver une des bibliothèques les plus prestigieuses du monde, cela paraît logique…

Bien sûr, mais comme toujours avant de signer, il faut se renseigner. Je m'explique. En dix ans, de 2005 à 2015, pendant les années de présidence Kirshner, les effectifs de la Bibliothèque nationale argentine ont été multiplié par trois. C'est-à-dire qu'ils sont passés de 306 salariés à 1048. Or, qui étaient ces nouveaux employés ? Dans la bonne vieille tradition clientéliste argentine, on y a placé des copains et des coquins. Sans concours, évidemment, et avec des salaires plantureux.

Donc, même en licenciant 240 salariés, la bibliothèque nationale argentine compte aujourd'hui encore deux fois plus de personnels qu'il y a dix ans. Voilà pour la mise en perspective de cette affaire qui mobilise tant d'intellectuels et d'universitaires parisiens.

Cela dit, 1000 employés, ça ne semble pas délirant pour une aussi vénérable institution ?

Eh bien comparons : la Bibliothèque nationale argentine conserve 800 000 ouvrages – livres, journaux, manuscrits, incunables, etc... La Bibliothèque nationale d'Espagne, elle, en conserve 28 millions. C'est à dire 35 fois plus pour un effectif de 414 personnes.

Donc, même dégraissée, la Bibliothèque d'Argentine comptera deux fois plus de salariés que sa consoeur espagnole pour une collection 35 fois moins importante. On est loin, très loin, du scandale culturel décrit par la pétition. Avant de signer, il faut se renseigner...

On ne quitte pas l'Amérique latine pour la revue de presse qui s'intéresse aujourd'hui au Pérou...

Parce qu'élection après élection, la démocratie semble solide dans un pays qui a connu, comme le reste de l'Amérique latine d'ailleurs, dictature et guérilla marxiste, donc guerre civile, avant de reprendre le chemin, il n'y a pas si longtemps, des urnes.

Le quotidien El Peruano , ne dit pas autre chose : «C'est la quatrième fois consécutive que notre pays organise des élections générales sans interruption de l'ordre démocratique. Cela, ajouté à la participation massive de la population, fortifie notre démocratie ».

Pour le Diario Perú , ni une, ni deux : Keiko Fujimori [jeune femme et fille d'ex président aujourd'hui derrière les barreaux] a gagné ce premier tour. Mais attention à la porte du four [péruvien], elle pourrait s'y brûler [au second tour] face à Kuczynski.

Le quotidienEl Comercio , lui, rappelle qu'il reste beaucoup de problèmes à résoudre au Pérou, comme «la réforme du marché du travail, un des plus rigides au monde en terme de contrat et de licenciements ». On se croirait place de la République, non ?

Ce à quoi, La República , réplique que « c'est précisément tout le sens d'un second tour : préciser les programmes de chacun, notamment sur deux sujets brûlants : la réforme des institutions et la lutte contre la corruption ». Réponse le 5 juin prochain !

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