Beaucoup d'internautes cherchant à savoir ce qu'il se passait l'ont immédiatement remarqué: les premières infos ont été soit diffusée par des sites de presse internationaux, comme le Guardian ou El País.

Fusillade de Strabourg
Fusillade de Strabourg © AFP / Frederick FLORIN

Le premier démarrait un « breaking news » quelques minutes à peine après les premiers coups de feu quand au second, il diffusait sur son site les premières images d'un rue de Strasbourg où l'on voyait les policiers courir et les passants s'éloigner paniqués.  Ces images que l'on a pu voir bien plus tard sur les chaines d'infos françaises avaient été filmées par un journaliste espagnol présent sur place. De la même façon, le quotidien italien la Stampa mettait très vite en ligne le message WhatsApp d'une eurodéputée :  Une eurodéputée italienne du Parti démocrate, Simona Bonafé, qui écrivait donc : « je suis dans le noir, sous une table d'un restaurant du centre de Strasbourg. Nous sommes enfermés. Il n'y a pas de blessés ici mais on ne nous laisse ni sortir, ni bouger ».  

C'est bien Strasbourg, ville européenne et ville touristique qui était visée

Ce qui explique que les premiers messages, avant même les avertissements de la préfecture du Grand-Est ou de la police française, étaient en anglais ou en espagnol. Beaucoup d'Espagnols, par exemple, sont en effet en vacances et prolongent dans toute l'Europe le « pont de la Constitution ».  On les retrouve partout en ce moment dans les rues des grandes villes européennes. D'où ces images et ces infos publiées à Madrid avant de l'être à Paris. De plus, le parlement européen était en session à Strasbourg, donc la ville alsacienne était naturellement pleine de journalistes étrangers.  C'est pourquoi l'agence Reuters a été particulièrement rapide à réagir. Le Guardian, reprenant Reuters, parlait déjà d'un mort quelques minutes après la fin des tirs. Tous les journaux européens ont repris le tweet très précoce du président italien du Parlement européen, Antonio Tajani, qui annonçait la fermeture de l'institution par précaution.  Alors même que l'ensemble de la presse européenne commençait aussi à diffuser les messages de ses eurodéputés, enfermés dans le Parlement, et qui voulaient rassurer leurs familles. A l'instar de l'Eurodéputée espagnole Tania González Peñas : 

Nous allons tous bien. Nous sommes enfermés dans le Parlement, les portes sont bloquées. Tous les députés de Podemos sont en lieu sûr. Dans une petite demi-heure, on se réunira tous dans le l'hémicycle pour une déclaration.  

Et pendant ce temps là, les médias français retenaient leurs infos. Effectivement, les chaines d'infos continues ont commencé leurs directs, comme les radios ou les quotidiens français, à compter de 21h environ, c'est-à-dire parfois 30 à 45mn après les premières images et commentaires de la presse internationale.  D'où certains commentaires acides d'internautes qui cherchaient à se renseigner ou tout simplement, s'inquiétait pour les leurs. Pour expliquer ce décalage, il faut bien comprendre comment fonctionne une rédaction : une chose est d'être un touriste étranger en vacances, député étranger en mission ou même journaliste étranger en déplacement et se trouver par hasard au cœur de l'info et, une autre très différente, est d'appartenir à une rédaction française qui a connu des dizaines d'attentats et tentatives et des centaines de morts en quelques années.  

Pas question pour France Info, France Inter, RTL, le Monde ou BFMtv de se précipiter pour diffuser des images ou des commentaires sans avoir scrupuleusement vérifié leur origine ou s'être fait préciser leurs circonstances. Pas question de semer la panique dans une grande ville de France.  En clair, les quotidiens, agences et chaînes d'infos étrangères présentes à Strasbourg hier soir n'avaient pas les même obligations de rigueur et les mêmes responsabilités que leurs homologues françaises. Ni le même passé récent. D'où ce décalage entre Madrid, Rome, Londres et donc Paris ou Strasbourg dans la diffusion de l'info.

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