Statues de conquistador ou de militaire chilien : partout dans le sud du pays, les Mapuche s'en prennent aux symboles de la "conquista" ou de la période Pinochet. C'est la revanche des humiliés.

Des manifestants Mapuche à Santiago du Chili le 14 novembre 2019
Des manifestants Mapuche à Santiago du Chili le 14 novembre 2019 © AFP / RODRIGO ARANGUA

Direction le Chili ce matin, pour une nouvelle histoire de statue qu'on abat. Après les statues immenses indiennes, les statues africaines volées et quelques statues européennes à relents coloniaux, voici donc venu le temps des statues chiliennes. Depuis la mi-octobre, des manifestations inédites par leur ampleur paralysent le pays.

Les manifestants exigent une nouvelle constitution – ils l'ont obtenu – et plus de justice sociale dans un pays marqué par la dictature de Pinochet et une économie ultra-libérale. Le sud chilien s'est aussi soulevé. Or le sud-chilien, c'est le pays des Mapuche.

Les Mapuche sont une population amérindienne qui représente environ un dixième des 17 millions de Chiliens. Ils sont aussi fiers d'être la dernière des populations autochtone soumise d'Amérique du sud : ils n'ont été intégré au Chili qu'il y a à peine 150 ans.

Statues de conquistadores et de militaires

Par exemple de celle de Pedro de Valdivia, un conquistador espagnol du XVIe siècle. Une statue en pied, installée au cœur de la capitale régionale Temuco, une ville a 650 km au sud de Santiago du Chili. Elle a été jetée à terre martelée par des militants Mapuche.

À Concepción, une ville fondée par Valdivia en 1550, c'est un buste du conquistador qui a été renversée, puis empalée sur une pique pour servir de barbecue au pied d'une autre statue : celle de son pire ennemi historique, le chef Mapuche Lautaro.

Les Mapuche s'en prennent aux conquistadors espagnols mais aussi à leurs héritiers : les militaires chiliens. À Temuco, c'est un aviateur de bronze, Dogoberto Godoy, mort en 1960, qui a été décapité et sa tête placée sur les bras d'un fameux combattant Mapuche.

Les Mapuche veulent autonomie et reconnaissance culturelle

Ce qu'ils demandent depuis toujours : une plus large autonomie, la reconnaissance de leur culture et de leur langue dans la constitution chilienne. Ils veulent que le Chili devienne officiellement une nation plurinationale, comme la Bolivie voisine.

Surtout, ils veulent que cesse la schizophrénie chilienne qui, depuis la fin de la dictature de Pinochet, voient cohabiter au cœur même des villes les statues des bourreaux et de leurs victimes, des conquistadors et des chefs de la résistance Mapuche.

Imaginez en France, de Gaulle et Pétain statufiés côté à côte, histoire de ménager les susceptibilités de tous ! On retrouve ce phénomène dans toute l'Amérique latine, jusqu'au Mexique qui commémore les 500 ans de la conquête espagnole.

Au Mexique, c'est Hernán Cortés qu'on questionne

Non ! Ça c'est plutôt les Espagnols notamment avec une nouvelle série-événement sur une plateforme de streaming : Hernán pour Hernán Cortés, le tombeur des Aztèques à la tête de ses quelques centaines de soldats et après avoir brûlé ses vaisseaux.

Sa rencontre avec l'empereur Moctezuma à Tenochtitlán, la capitale aztèque, a eu lieu le 8 novembre 1519, il y a donc 500 ans. Eh bien, un député mexicain a demandé à cette occasion que les restes de « cette pourriture » de Cortés soient rendus à l'Espagne.

Et le président Mexicain, Andrés Manuel Lopez Obrador a demandé officiellement à l'Espagne se bien vouloir s'excuser pour les massacres commis. Ce qu'il n'a pas obtenu. Reste que, partout en Amérique latine, semble venue la revanche des humiliés.

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