Quatre cents kilomètres au dessus de nos têtes se joue une partie de poker menteur entre puissances spatiales. Russes, mais aussi Chinois, tentent d'impressionner les Américains.

Vous savez qu'il y a quelques semaines à peine, Donald Trump a annoncé la création d'une nouvelle branche de l'armée américaine : la « Space force ». Avec un logo qui rappelle celui de Startrek, un général 4 étoiles à sa tête, John Raymond, et, on le sait depuis quelques jours, un budget d'une quinzaine de milliards de dollars. C'est encore peu, à peine 2% du budget militaire des Etats-Unis, mais c'est une 1ère depuis 1947 cette création !

Et les début de cette Space Force sont tonitruants ! Pas plus tard que lundi dernier, le général John Raymond en personne, s'est plaint du comportement « inhabituel et perturbant », voire « potentiellement dangereux » de deux satellites espions russes.

Tout commence sur twitter fin janvier. Un jeune geek « traqueur de signaux spatiaux » - ça existe – remarque à partir de données publiques qu'un satellite russe, le Kosmos 2542, synchronise son orbite sur un satellite espion américain, le US 245... et le suit.

Mais il le suit de très près, à une centaine de kms, ce qui est très peu dans l'immensité de l'espace. Or ce Kosmos 2542 n'est pas un inconnu : il a été lancé fin novembre 2019 par les Russes et il a une particularité : c'est un satellite « matriochka ».

C'est à dire que les Russes ont lancé un enjeu qui, en orbite, a accouché d'un autre satellite plus petit – la mère et l'enfant se porte bien, je vous rassure – aussitôt baptisé Kosmos 2543. Rien que cela, les Américains n'en sont toujours pas revenus.

Une prouesse spatiale doublée d'un "chaperonnage" encombrant

Non évidemment : ce qui les inquiète c'est la manoeuvrabilité de ces nouveaux satellites dont ils soupçonnent en plus qu'ils sont armés de lasers et surtout, capable de lancer des projectiles. En clair, le satellite espion américain a désormais un chaperon russe.

Or ce satellite américain est certes une vieille guimbarde, il a une quarantaine d'années, mais il appartient à un programme stratégique dit Keyhole/CRYSTAL : quatre satellites inspirés du télescope Hubble mais tournés vers la Terre plutôt que vers l'espace.

On doit par exemple à cette génération de satellite une photo très récente publiée sur Twitter – toujours – par Donald Trump soi-même et montrant un pas de tir balistique iranien. L'image est si précise qu'on peut lire les slogans en farsi qui entourent le site.

Le "Guerre des étoiles" version 2020

Les Russes envoient un message très clair aux Etats-Unis. Un message qu'on pourrait résumer ainsi : une fois, ça va, deux fois, c'est trop. La première fois, c'était dans les années 80 avec le programme de « Guerre des étoiles » lancé par Ronald Reagan et qui avait poussé l'Union soviétique de l'époque à la ruine.

Cette fois-ci, les Russes répondent du tac-au-tac : les Américains créent une « Space force », les Russes leur collent aux basques jusque dans l'espace. Et s'il n'y avait que les Russes, mais les Chinois aussi commencent à tester satellites, lasers et projectiles.

Quant aux Russes, ils refusent de reconnaître quoi que ce soit : ils parlent, eux, de « satellites d'inspection ». Ce qui est presque poétique pour parler d'espionnage. Mais oui, décidément, les scénaristes de Star wars n'on plus qu'à redoubler d'imagination.

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