En Biélorussie, une passante s'est faite arrêter pour avoir arboré de superbes socquettes rouge et blanche, les couleurs de l'opposition au président Loukachenko. En clair, la répression continue.

(photo d'illustration datant de 2016) En Biélorussie, on ne vend pas de chaussettes blanches et rouges, sous peine d'emprisonnement et d'amendes
(photo d'illustration datant de 2016) En Biélorussie, on ne vend pas de chaussettes blanches et rouges, sous peine d'emprisonnement et d'amendes © Getty / Viktor Drachev\TASS

Natalia se promenait dans les rues de Minsk, la capitale biélorusse, en route pour son cours de conduite lorsque 4 hommes encapuchés de noir l’ont appréhendée et emmenée au commissariat. Son crime : porter des chaussettes et des baskets blanches et rouges.

Vu de France, ça semble être un détail vestimentaire plutôt banal mais en Biélorussie, c’est le signe extérieur de l’opposition au président Loukachenko. Le blanc et le rouge étant les couleurs bannies du drapeau de la brève indépendance biélorusse de 1918.

Les couleurs officielles du pays sont le vert et le rouge. Ce sont celles du drapeau biélorusse pendant toutes la période soviétique et, en 1995, le régime de Loukachenko les a gardées en retranchant juste la faucille et le marteau.

La repression "fignole"

C’est à la fois ridicule et inquiétant. Pour le ridicule, le régime policier de Loukachenko n’en est pas à son coup d’essai : on peut être arrêté en Biélorussie pour avoir laissé une boite rouge et blanche sur son balcon… C’est arrivé il y a quelques semaines à peine.

Quant à Natalia, elle a été condamnée à payer 2 320 roubles biélorusses d’amende – environ 750 euros – et le site sur lequel elle a acheté ses chaussettes dissidentes a retiré l’article de son catalogue et ne vend plus que des socquettes blanches rayées de noir.

Par contre, ce qui est très inquiétant, c’est qu’en s’en prenant à des badauds "mal habillés", les services de sécurité envoient un message très clair : nous n’en sommes plus à arrêter les leaders, nous faisons désormais dans le détail. Ils fignolent en somme.

Un mouvement d’opposition biélorusse qui persiste (et signe)

Il faut peut-être rappeler ce qu’ont été les magnifiques manifestations contre la réélection pour un 6e mandat d’Alexandre Loukachenko : des centaines de milliers de Biélorusses dans les rues des villes de tout le pays à l’été et à l’automne 2020.

Ce n’était pas la première fois que la Biélorussie manifestait contre ce président mais c’était de loin les manifestations les plus massives que le pays ait connu. De plus, elles ont touché toute la population et pas seulement les jeunes et les citadins "européanisés".

Le régime est parvenu à surmonter – de peu – cette opposition massive et ayant recours à deux méthodes : en arrêtant massivement et surtout en faisant appel à Moscou qui a aussitôt investi les grandes entreprises d’État et les médias publics biélorusse.

Plus de 2 700 personnes ont été condamnées rien que cette année. Mais le plus incroyable, c’est que malgré la répression, les protestations continuent – y compris à coup de chaussettes rouge et blanche. Les Biélorusses résistent encore.