Les médias anglo-saxons sont fascinés par l'amitié virile entre Donald Trump et Emmanuel Macron. Une "bromance" qu'ils tentent tous de décrypter.

Hier, toute la journée, la presse anglo-saxonne a scruté les signes de complicité ou de fâcherie entre Emmanuel Macron et Donald Trump. Pour tout vous dire, ça fait un an et demi que cela dure : les médias américains et britanniques - pour des raisons différentes qu'on va voir ensemble – sont fascinés par ce qu'ils appellent la « bromance » entre les deux présidents.

Il faut d'abord expliquer ce qu'est une « bromance ». D'abord, c'est un mot valise qui télescope « brother », frère, et « romance », qu'on peut traduire par « aventure amoureuse ». Donc « bromance », c'est une complicité, presque amoureuse entre frères.

Mais attention, il s'agit de « frères » à l'anglo-saxonne : les « bro ». En clair, c'est une affaire testotéronée, une affaire entre mecs. Les « bromances » sentent la bière, les fléchettes, les blagues douteuses, le sport en commun, les virées étudiantes.

Macron vole leur "special relationship" aux Britanniques

L'entente entre Macron et Trump est si improbable - l'un américain et septuagénaire ; l'autre Européen et quadragénaire, l'un nationaliste ; l'autre internationaliste – qu'elle a laissé les commentateurs sans autre explication qu'irrationnelle.

Les Britanniques, par exemple, sont fascinés par la docilité de Donald Trump aux attouchements très français d'Emmanuel Macron. Le Sunday Expresse de Londres, hier, n'en revenait pas que Trump se laisse toucher le genoux, voire la cuisse, sans broncher.

Ça les agace d'autant plus qu'ils sont censés entretenir une « special relationship », une « relation spéciale » avec les Etats-Unis. Or c'est Emmanuel Macron et pas Theresa May qui a ramassé la mise. Cette préférence ne peut s'expliquer que si elle est irrationnelle.

L'irrationnel pour expliquer l'incompréhensible

D'abord, il faut comprendre que beaucoup de quotidiens et de magazines, partis en guerre contre Donald Trump, ont utilisé Emmanuel Macron comme une sorte d'anti-Trump, pour bien énerver le locataire de la Maison-Blanche.

L'exemple le plus évident, c'est lorsque le New York Times, Politico, Time appelle notre président le « leader du monde libre », un titre réservée au président américain : ce n'est pas parce qu'ils le pensent, mais parce que ça énerve le Donald. Soyons réalistes.

Mais, du coup, la « bromance » entre Donald et Emmanuel est assez incompréhensible. Comment faire avec ? D'abord, on commence par ridiculiser le président américain, en expliquant que qu'il a « une fascination bizarre » pour le président français.

Il aurait besoin de l'appeler tout le temps, à n'importe quelle heure, sans vraiment avoir quelque chose à lui dire et surtout sans tenir compte du décalage horaire. Bref, Donald Trump se comporterait avec son homologue français en mari jaloux.

Mais il y a une autre façon d'analyser cette complicité : c'est de dire qu'elle ne peut pas durer. C'est exactement ce que le Washington Post a cru déceler ce weekend dans l'interview donnée par Emmanuel Macron à CNN.

Cet extrait, ajouté à la relative indélicatesse de Donald Trump pendant son séjour parisien - absence au Forum de la Paix, annulation de la visite au Bois Belleau – fait dire au Washington Post : « est-ce le début de la fin entre les deux hommes ? » Comment disait la chanson ? Les « bromances » finissent mal, en général ? C'est ça ?

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