Depuis 1994, la Jordanie "prêtait" deux enclaves à Israël qui les mettait en culture. Mais les temps ont changé et Netanyahu a réussi à fâcher Abdallah II de Jordanie. Du coup, les cadenas ont été changé.

Netanyahu a réussi à fâcher Abdallah II de Jordanie. Ici les deux hommes en 2014 lors d'une visite officielle à Amman
Netanyahu a réussi à fâcher Abdallah II de Jordanie. Ici les deux hommes en 2014 lors d'une visite officielle à Amman © Getty / Handout

Imaginez deux terrains situés à la frontière entre les deux pays. Une île d'abord, coincée entre le Jourdain et le Yarmouk, et ensuite quelques collines non loin de la Mer morte. Deux territoires donc de quelques kilomètres carrés chacun – et encore – appartenant à la Jordanie mais « prêtés » en signe de bonne volonté depuis 25 ans à Israël. En fait, tout s'est joué lors de la signature du Traité de paix israélo-jordanien de 1994.

On était peu après la signature des accords d'Oslo entre Israël et l'autorité palestinienne, le monde entier croyait à un règlement rapide du conflit et Israël décrochait son 2e traité avec un pays arabe, après l'Egypte en 1979.

Des enclaves de "bonne volonté"

En fait, des kibboutz israéliens sont installés pile là depuis 70 ans. Donc lorsqu'il s'est agi de tracer la frontière entre les deux pays, la Jordanie a fait une concession royale.

Au sens propre du terme, puisque c'est le roi Hussein qui a trouvé la solution : Israël reconnaissait la souveraineté jordanienne mais la Jordanie laissait les paysans israéliens exploiter ces terres.

Autrement dit, ces deux territoires appelés par les Israéliens Naharayim ou l'île de la paix et Tzofar ont été entourées d'une clôture, l'accès est controlé par des gardes-frontières jordaniens mais les paysans israéliens ont la clé.

Pas de visite officielle depuis 2014

Ils ont la clé des cadenas permettant d'ouvrir le territoire et donc d'accéder à leurs cultures. Or depuis dimanche, les jordaniens ont changé les cadenas. Walou !

La question est plutôt : que s'est-il passé pour qu'un si bel accord soit ainsi retoqué ? Eh bien, il s'est passé Benjamin Netanyahu et Abdallah II de Jordanie. C'est deux-là ne s'aiment pas trop.

Ils ne se sont pas vu en visite officielle depuis 2014 et surtout, les Jordaniens ont le sentiment d'avoir été floué, 25 ans après cet accord de paix historique : économiquement d'abord : les échanges commerciaux entre les deux pays sont ridicules.

Pas de dividendes de la paix

Ça dépend ce qui avait été promis : un aéroport conjoint devait être édifié dans le sud du pays pour développer le tourisme. Rien. Les Jordaniens devaient être autorisés à travailler en Israël. Ils ne sont que 10 000 et uniquement dans la région d'Eilat.

Mais c'est surtout le fait que le processus de paix entre Israël et la Palestine soit totalement encalminé qui déçoit la Jordanie. Sans parler de la décision des Etats-Unis de transférer leur ambassade à Jérusalem, sans même daigner prévenir les Jordaniens.

Alors du coup, la Jordanie a, elle aussi, décidé de jouer sur les symboles pour marquer sa mauvaise humeur : Amman a donc changé les cadenas de Baqoura et Al Ghamr... C'est le nom arabe de ces deux enclaves. Ah l'Orient compliqué !

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