En quelques jours, la France a été visée deux fois en Arabie saoudite. Une situation qui doit inquiéter les Saoudiens pour qui la France est un allié stratégique.

Barrage après une attaque qui a fait trois blessés dans le carré non-musulman d’un cimetière de Djeddah, la 2e ville d’Arabie saoudite.
Barrage après une attaque qui a fait trois blessés dans le carré non-musulman d’un cimetière de Djeddah, la 2e ville d’Arabie saoudite. © AFP

La France a donc été visée hier en Arabie saoudite : un attentat qui a fait trois blessés dans le carré non-musulman d’un cimetière de Djeddah, la 2e ville d’Arabie saoudite. L’occasion était toute trouvée : les commémorations du 11 novembre alors que beaucoup de diplomates européens étaient présents.

Un attentat fait suite à une attaque au couteau, fin octobre, visant cette fois le consulat de France et qui a fait un blessé : un agent de sécurité. Le tout dans un contexte très tendu. A savoir, dans une partie du monde musulman, des manifs et des appels au boycott de produits français. Le tout pour protester contre le discours du président Macron, suite à l’assassinat de Samuel Paty, défendant la publication des caricatures de Mahomet.

Ryad plus mesurée sur d'autres pays musulmans

C’est vrai que par rapport au Turc Erdogan qui parle de la "maladie mentale" du président français, ou au Premier ministre malaisien qui parle lui d’un Macron "très primitif" ou même au Pakistanais Imran Khan qui l’accuse "d’islamophobie systématique"…

La réaction de Ryad semble mesurée : l’Arabie saoudite, si elle a rhétoriquement condamné la republication des caricatures de Mahomet, a publié une ferme condamnation de l’attentat du 29 octobre à Nice en "rejetant les pratiques de haine et de violence".

Du coup, le contraste est saisissant : l’Arabie saoudite est à la fois le pays qui a réagi avec le plus de pondération et le seul dans lequel non pas un mais deux attentats anti-Français ont été commis en quelques jours. C’est d’ailleurs le plus inquiétant…

Un engin explosif

Autant l’attaque au couteau de fin octobre pouvait être assimilé à un acte isolé, autant l’attentat d’hier nécessitait préparation, repérage et organisation. C’est un engin explosif qui a été utilisé.

Donc, dans un des pays les plus claquemuré de la planète où les services de sécurité sont partout et la liberté nulle part, un attentat sophistiqué est possible.

De plus, sa signification va au-delà d’une attaque opportuniste contre un pays occidental : il s’agit de défier frontalement le pouvoir saoudien pour qui la France est un de ses tous premiers partenaires stratégiques.

Rien ne va plus pour MBS

Depuis toujours, les Islamistes radicaux – Ben Laden en tête – critiquent l’alliance de la monarchie des Saoud avec l’Occident en général et les Etats-Unis en particulier. En s’en prenant à la France, ils appuient là où ça fait mal à un moment difficile en plus !

Les Saoud ont tout misé sur Donald Trump et rien sur Joe Biden. Les années qui viennent risquent donc d’être chahutées pour le prince héritier Mohammed Ben Salman qui, en plus, est empêtré dans plusieurs désastres militaires et diplomatiques.

La guerre au Yémen qui perdure, le blocus du Qatar qui tourne au ridicule, l’assassinat du journaliste Khashoggi qui a horrifié le monde et un prix du baril de pétrole qui s’obstine à ne pas remonter. Et hier donc, un attentat islamiste anti-Français. 

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