Les chiffres sont impressionnants : + 200% en un an, + 3000% en cinq ans. L'Espagne ne sait plus comment gérer l'afflux de mineurs non accompagnés venus pour l'essentiel du Maroc.

Des enfants et des adolescents marocains dans le square Alain Bashung dans le XVIII arrondissement de Paris
Des enfants et des adolescents marocains dans le square Alain Bashung dans le XVIII arrondissement de Paris © Maxppp / Philippe de Poulpiquet

Ce matin, direction l'Espagne à la rencontre de très jeunes migrants. Pour tout vous dire, c'est un peu par hasard que je vous raconte cette histoire : hier soir, je parcourais la presse espagnole pour une tout autre raison. Les Espagnols devront peut-être revoter en novembre et je cherchais à comprendre.

Puis, je suis tombé sur un article de la presse andalouse avec la titre suivant : "les services à l'enfance au bord du chaos". En fait l'article racontait que le nombre de migrants mineurs non accompagnés pris en charge par l'Espagne avait explosé - et les chiffres sont effectivement impressionnants : fin 2018, il y avait en Espagne plus de 14 000 mineurs non accompagnés enregistrés dont la moitié, 7 000 , sont arrivés pour la seule année 2018 : 7 000 c'est 200% de plus qu'en 2017.

Des Marocains, souvent très jeunes

Pour les trois quart d'entre eux, ils viennent du Maroc et traversent la frontière dans des petites embarcations appelées « pateras » mais surtout, ils se faufilent dans quelques-uns les milliers de camions qui tous les jours alimentent l'Europe en produits agricoles.

Pour 96% d'entre eux, ce sont des garçons. Des ados souvent très jeunes, puisque 40% ont moins de 16 ans, et 15% moins de 15 ans. Sitôt débarqués, ils sont enregistrés et dirigés vers des foyers - 3 000 places ont été créés – d'où généralement ils s'enfuient.

Pour deux raisons : la première c'est que leur destination finale n'est pas l'Espagne. Une minorité tente de rejoindre de la famille au nord de l'Europe. Puis, il y a les enfants des rues du Maroc, qui sont rétifs à toute autorité, policiers comme éducateurs.

On les retrouve partout en Europe

Exactement ! Des dizaines de reportages ont été consacrés à ces enfants des rues, parfois drogués, souvent en bande, vivant de petite délinquance, toujours très difficiles à approcher. A Paris, ils se concentrent autour de Barbès.

On ne les retrouve pas qu'en France : on les a repéré jusqu'en Suède où les services à l'enfance en comptent environ 800. En fait, ils sont partout où il y a une communauté marocaine. Leur passage par l'Espagne est facile à repérer : ils parlent tous castillan !

Sauf que le phénomène a pris une ampleur inédite chez nos voisins espagnols qui ne savent plus comment gérer cet afflux. C'est simple : depuis 2014, c'est-à-dire depuis 5 ans, leur nombre a cru de 3 000 % ! D'où le cri d'alarme des services de l'Etat.

La France regarde ailleurs

Comme l'Italie ou la Grèce avant elle, l'Espagne doit effectivement gérer seule ces flux impressionnants. Avec des conséquences politiques parfois graves : l'Andalousie est la région qui, logiquement, prend en charge le plus grand nombre de ces enfants des rues.

Or l'Andalousie, c'est non seulement une des régions les plus pauvres d'Espagne, mais c'est aussi l'endroit où est apparu pour la première fois le parti d'extrême-droite Vox, et ce n'est pas un hasard. Quant au seul voisin du nord de l'Espagne, il regarde ailleurs. Ce voisin, c'est la France, qui s'apprête à modifier l'ordonnance de 1945 pour réformer la justice des mineurs – tiens donc - mais qui laisse l'Espagne se débrouiller toute seule. Ce qui est très stupide : ces gamins ont des jambes et des bras et finissent par s'en servir.

Une jeune fille dans un bus à transférer dans un centre. Depuis le début de l’année 2019, environ 1300 migrants sauvés ont débarqué dans le port de Malaga le 16 janvier 2019 à Malaga, dans le sud de l’Espagne.
Une jeune fille dans un bus à transférer dans un centre. Depuis le début de l’année 2019, environ 1300 migrants sauvés ont débarqué dans le port de Malaga le 16 janvier 2019 à Malaga, dans le sud de l’Espagne. © AFP / Guillaume Pinon / NurPhoto
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