Depuis un mois jour pour jour, le président nicaraguayen Daniel Ortega a disparu : plus une apparition, plus un discours. S'il est confiné, il est bien le seul : le pays a officiellement renoncé au confinement de sa population.

En 2015, Daniel Ortega, président du Nicaragua, et Nicolas Maduro, président du Venezuela
En 2015, Daniel Ortega, président du Nicaragua, et Nicolas Maduro, président du Venezuela © Getty / Arnoldo Robert/LatinContent

Depuis le 12 mars, exactement. Un mois jour pour jour que le président Daniel Ortega n'a pas été vu en public. Pourtant, ce ne sont les occasions de paraître en public qui ont manqué : on l'annonçait les 2 et 3 avril à l'enterrement d'un compagnon d'armes.

Jacinto Suárez, un ami, un frère, député, ex-guérillero et ponte du Front sandiniste de libération nationale, le parti du président. Il n'en a rien été : absent le président. Et comme toujours dans les régimes autoritaires, les rumeurs servant d'informations...

Il se dit là-bas que le président serait mort, qu'il est gravement malade et peut-être même de ce fichu coronavirus. Après tout, Daniel Ortega a 74 ans. Mais comme souvent la vérité est plus prosaïque : le président serait confiné dans son bunker d'El Carmen.

Au Nicaragua, tout est ouvert !

Ce serait vrai et même responsable, s'il n'était le seul Nicaraguayen à se confiner. Parce qu'officiellement, pas question de confinement généralisé. Alors que toute l'Amérique, du Nord au Sud, est plus ou moins enfermée à la maison, pas le Nicaragua.

Le fils du président tweete depuis la plage et conseille de "profiter de notre pays unique en famille", et joint une photo d'une tablée d'enfants et d'adultes. La femme d'Ortega, qui est aussi vice-présidente, elle, convoque même les masses.

Le 13 mars dernier, elle a organisé un rassemblement public auquel des milliers de militants du parti présidentiel ont répondu sur le thème : "l'amour aux temps du Covid-19". J'ajoute que rien n'est fermé : ni les restaurants et les cafés, ni les entreprises.

La pandémie en catimini

Officiellement, presque aucun mort : le pays a déclaré à l'OMS 8 cas et un décès. Ce qui est parfaitement contradictoire avec les chiffres rapportés par ses voisins immédiats : le Honduras, environ 300 cas et surtout, le Costa Rica avec 500 infections.

Mais c'est surtout contradictoire avec les déclarations de son propre allié cubain. La Havane a fait récemment savoir que 3 Cubains récemment de retour de Managua avaient été testé positif au coronavirus. En fait, personne ne sait rien de la situation.

Le pays teste très peu et lorsque les hôpitaux privés ont tenté de suppléer ce manque criant, le gouvernement le leur a interdit. Même topo lorsque l'Eglise catholique a voulu ouvrir des centres médicaux dédiés au Covid-19 : le Nicaragua est un trou noir !

Redouter la dégringolade économique plus que les morts

D'abord, à la décharge du gouvernement, il faut dire que le Nicaragua, comme ses voisins centre-américains à une démographique favorable : c'est un pays jeune avec une population âgée très réduite. Donc structurellement, il sera moins affecté par le virus.

Ensuite, le gouvernement Ortega craint plus que tout – et donc plus que le virus – la débandade économique. Le pays a déjà été très affecté par les manifestations anti-gouvernementale de 2018, le tourisme s'est effondré : pas question d'en rajouter.

Reste que personne n'a plus confiance dans un président qui s'est transformé en une caricature de dictateur sud-américain : la population, elle, limite ses déplacements, l'Eglise a fermé ses temples et les plages nicaraguayennes sont désespérément vides.

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